Kaamelott : du doute contre la certitude

Publié le par Mangelune

Une des seules séries en France à m'avoir convaincu est Kaamelott. Alors évidemment tous les épisodes ne sont pas au même niveau, certaines incursions dans le dramatique n'ont pas forcément été gérées au mieux mais je reste assez admiratif devant ce qui globalement constitue un petit bijoux au coeur d'une marée noire.

Un temps, je me suis dit qu'Alexandre Astier (le scénariste réalisateur acteur compositeur et j'en oublie) avait choisi de bons acteurs là où ailleurs régnait le copinage, et puis on m'a rappelé que la moitié de sa famille (qui sont comédiens à la base quand même) jouait dans la série. Soit.

J'ai aussi vu une interview, où il disait choisir ses acteurs non en fonction d'un casting mais après les avoir vus jouer (a priori au théâtre puisque c'est son milieu de prédilection, il a d'ailleurs monté plusieurs pièces). Cette idée vient d'ailleurs infirmer une théorie généralement admise : le problème des acteurs de cinéma en France, c'est que ce sont des acteurs de théâtre ! Bizarrement, dans Kaamelott ça coule tout seul, on a vraiment le sentiment que chacun est son personnage.

La première théorie est qu'Alexandre Astier choisit ses acteurs en fonction des rôles à pourvoir, voire même adapte ses rôles aux acteurs qu'il choisit (il semblerait en effet que ce soit quelqu'un qui agisse à l'intuition et retravaille assez peu ses textes). Il y aurait donc une intéraction entre acteur et écriture pour obtenir au final une véritable incarnation du rôle.

La deuxième théorie est que les dialogues, utilisant énormément d'argot de toutes origines, paraissent plus vraisemblables que les textes ampoulés habituels. Les personnages râlent, gueulent, s'insultent tout le temps, un peu comme on le fait finalement au sein d'une famille moderne (si je regarde la mienne déjà, on ne se parle pas posément ni poliment en général, même pour des broutilles). Les discussions de Kaamelott sont des conflits permanents. Hors un conflit ce n'est ni plus ni moins que le sel de la dramaturgie.

La troisième théorie, qui donne son nom à l'article, c'est que les dialogues progressent par a coups. Les personnages hésitent en permanence et ne semblent crier que pour cacher désespérément leurs faiblesses (surtout quand ils sont pris en défaut par l'autre). Quand on leur demande des précisions, ils bégaient ou crient plus fort.
Dans les autres séries, on voit d'avantage de donneurs de leçons, de grandes tirades pleines de certitudes énoncées sur un ton péremptoire (et non pas perpendiculaire, les fans me comprendront), bref des personnages imbus d'eux mêmes et donc peu sympathiques.

La question, qui ne trouvera de réponse que lorsque la série s'y confrontera, est : ce style dynamique et conflictuel pourra-t-il passer le cap du long métrage, ou n'est-il finalement qu'une superbe façon d'incarner des scénettes de 5 minutes ? J'espère de tout coeur que son créateur me prouvera qu'on peut faire 50 minutes ou même 1h30 de Kaamelott, et s'en inspirer pour d'autres registres.

Publié dans Séries

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