Spielberg/Shyamalan : l'Amérique vaincue

Publié le par Mangelune

En sortant de Phénomènes le dernier Shyamalan (bon film en passant), quelque chose m'a frappé : le point de vue de réalisateurs éminemment américains semble avoir évolué drastiquement au cour des dernières années, passant d'un optimisme affirmé (et souvent moqué) à une sorte de pessimisme teinté de repli sur soi, le tout dissimulé derrière un paravent de happy end amer.

Voyez ces films de Spielberg  : la Guerre des Mondes montrait une famille s'efforcer de survivre contre une invasion extra-terrestre et ne triomphait que grâce à un événement hasardeux qui ne devait finalement rien aux héros que nous avions suivi. Munich lui nous parlait d'un agent du Mossad qui finissait par abandonner sa lutte sanglante et absurde pour se consacrer exclusivement à sa propre famille. Dans chaque oeuvre, ceux qui osaient se dresser contre "l'ennemi" finissait inlassablement par mourir, et seul l'abandon et la fuite permettait la préservation.

De son côté Shyamalan dépeignait dans Le Village une communauté qui avait décidé de s'isoler des horreurs du monde réel ; l'héroïne après avoir découvert la vérité faisait le choix d'accepter ce secret et de poursuivre sa vie parmi les siens. Phénomènes va encore plus loin : la nature agressée décide de se débarrasser de l'espèce humaine ; les arbres agressant des communautés de plus en plus réduites, la famille que nous suivons doit s'isoler des autres, se replier sur elle-même, et malgré tous ces efforts ne doit la vie qu'à un heureux hasard.

Ces deux réalisateurs ont pourtant commencé sous le signe de l'optimisme : Spielberg nous parlait de fraternité dans E.T., d'espoir dans Rencontres du 3ème type et nous montrait toujours qu'un homme seul pouvait changer les choses (Indiana Jones, Schindler). Chez Schyamalan, un petit garçon aidait les morts à trouver la paix et un homme devenu invincible décidait de se faire super héros. Là était l'Amérique telle qu'elle nous faisait rire ou rêver, sur-confiante en elle-même.

Aujourd'hui il est facile de dire, et pourtant évident, que le 11 septembre mais aussi la guerre en Irak qui s'enlise, le réchauffement climatique contre lequel personne ne fait rien, les guerres inlassables entre Palestine et Israël et bien d'autres drames ont fini par erroder cette confiance, cette espérance des Américains. Même Indiana Jones fait aujourd'hui face à une explosion atomique contre laquelle il ne peut rien, anonciatrice des jours funestes ; dès lors le vieillissement et donc la mort du héros deviennent le signe que les jours heureux sont finis et que nous ne sommes devant notre écran que pour une parenthèse enchantée (qui peine à se convaincre elle-même) et non pour réaffirmer notre croyance en un avenir meilleur.

Désormais ces artistes n'ont plus d'espoir à donner aux hommes. Tout ce qu'ils parviennent à leur dire, c'est de retourner au foyer, d'aimer les leurs et d'espérer que l'orage les épargne...

Publié dans Cinéma

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