Ecriture de scénario : la rédaction

Publié le par Mangelune

Je voudrais faire un article sur la façon de rédiger un scénario. Ca n'intéressera que les scénaristes en herbe, mais ces derniers sont peut-être dans la même situation que moi quand ils entendent les "pro" dire "un scénario professionnel ça se voit tout de suite". Comment cela se voit-il ? Comment doit-on rédiger ces foutus trucs en France ? Je vais comparer trois méthodes : la française façon semi-pro, la française façon pro et l'américaine.

Méthode française semi-pro


Selon certains ouvrages théoriques, une page doit représenter environ 1 minute du film à venir. De plus, chaque paragraphe symbolise un plan (ce qui est filmé d'une seule traite par la caméra), une "image" de l'oeuvre future. Quelques exemples : "une main se pose sur l'épaule de Jean", "sur le sol se trouve une tache de sang" ou bien encore "dans son oeil se reflète la ville et ses lumières". Le scénariste s'efforce de décrire les actions le plus précisément possible en s'en tenant le plus possible aux faits, sans effets littéraires ou jugements.

Cette méthode donne la part belle aux description et conduit à un scénario qui est finalement une oeuvre d'auteur-réalisateur et non de simple scénariste. En effet, tout étant découpé en imaginant le film futur, cela laisse beaucoup moins de marge au réalisateur et est donc plus approprié pour un court-métrage ou une oeuvre que vous voulez réaliser. Exemple (simple hein) :

6. INT/JOUR. CHAMBRE

Une chambre des plus banales, avec un grand lit douillet, une table de chevet et un bureau. Sarah, assise au bord du lit, fume une cigarette. Jacques est couché et lit.

Jacques regarde Sarah et sourit.

JACQUES
Sarah ?

SARAH
(sans se retourner)
Hmm ?

JACQUES
Je t'aime.

Sarah se retourne et lance un regard furieux à Jacques.

SARAH
(choquée)
Tu t'en fous de ce que je pense ?

Jacques est bouleversé par la réponse.


Méthode française professionnelle

En trouvant par miracle une poignée de scénarios de film/série français, on découvre qu'il ne faut en aucun cas décrire de façon aussi détaillée les événements. Un peu comme au théâtre, place aux dialogues, les lieux et les actions étant surtout détaillés en tout début de séquence.

Contrairement donc à ce qu'on croit souvent quand on débute, les scénarios français ne sont pas austères mais se veulent des morceaux de littérature (ce qui me fait personnellement ricaner, enfin...). Ils ont toutefois le mérite de ne pas voler la vedette au réalisateur qui reste libre de filmer comme il l'entend.


06 CHAMBRE SARAH - INT.JOUR

(Sarah, Jacques)
Une chambre des plus banales, avec un grand lit douillet, une table de chevet et un bureau. Sarah, repliée sur elle-même, fume pour se détendre. Jacques lit en toute innocence.

Tout à coup, Jacques, égocentrique,  s'autorise un élan d'amour.

JACQUES
Sarah, mon amour ?

SARAH
Qu'est-ce qu'il y a ?

JACQUES
Rien. Je t'aime.

SARAH
Tu te moques bien de ce que je pense, n'est-ce pas ?



Méthode américaine

Là, finie la poésie et les longues didascalies. Les Américains vont à l'essentiel. Le début de la séquence installe la scène, le reste n'est que dialogues, ponctués de très rares indications de jeu. Difficile à croire quand on voit le travail sur le mouvement ou le jeu des oeuvres anglo-saxonnes, et pourtant tout cela est décidé par le réalisateur a priori. Chacun son rôle en quelques sortes.

INT. CHAMBRE DE SARAH. JOUR

(Sarah, Jacques)
UNE CHAMBRE ORDINAIRE. SARAH FUME, ASSISE. JACQUES LIT, COUCHE.

JACQUES
Sarah ?

SARAH
Hmm ?

JACQUES
Je t'aime.

SARAH
T'en as vraiment rien à foutre de ce que je pense !

Note de conclusion

Bon alors évidemment tout ça n'est que suppositions et déductions. Peut-être les scénaristes français professionnels peuvent-ils se permettre ces libertés une fois leur statut enterriné (par une oeuvre vendue par exemple) ? Je crois néanmoins que la peur de faire un travail de commande et non de le l'Art, associé au besoin de séduire inhérent à tout marché compétitif les conduit  au contraire des Américains à plus de littérature, au risque de contaminer ensuite leurs propres dialogues. Je pense que ce qu'il faut surtout retenir c'est que votre prose doit être claire, limitée au nécessaire et qu'il ne faut pas voler son travail au réalisateur. Cela évitera peut-être qu'il se sente obligé de réécrire vos dialogues en représailles...
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Amira 26/10/2011 00:13


J'adore les différentes version ! moi je prône l'écriture, l'écriture et encore l'écriture (descriptive par moment et quand il le faut) donc la première me corresspondrais le plus avec quelque
notion de concision... comme tu l'as dit à chacun sa méthode. Mais bon, je pense qu'il ne faut pas non plus s'apparenter à une méthodologie propre, il faut surtout surprendre sans tomber dans
l'excès...


Woolker Cherenfant 24/12/2010 21:24


C' un travil titanesque que vous faites la! J'ai ecrit deux scenarios mais c' justement du style theatrale parce que j'avais peu de notion concernant l'ecriture cinematographique. Maintenant je
crois que vous m'avez beaucoup aide. On pourrait rester en contact s'il est de votre avis.. J'suis dispo sur facebook!


Mangelune 12/02/2008 21:29

En parler avec quelqu'un, volontiers.

J'ai peur que sorti de certaines conventions d'écriture (pas de fautes, ne pas décrire les pensées du personnage, mettre des intitulés de séquences) il n'y ait pas de véritable méthode de professionnel en France. Chaque scénariste a des convictions différentes, c'est dire le bordel...

LEGUEN 04/02/2008 03:52

C'est assez drole, moi qui suit dans une formation de cinéma et ayant eu une formation sur l'écriture scénaristique, la méthode que l'on nous apprend n'a rien avoir avec celle que tu décris dans la "méthode semi-pro" ou même "pro"...

Je tiens à préciser que la forme est essentielle, car si elle n'est pas respecté, l'agent, producteur ou directeur littéraire ne lira même pas le scénario car la forme montrera un manque de professionalisme. Ces gens là n'ont pas de temps à perdre, dès la moindre faute, le scénario est plier, rangé dans un placard et mis aux oubliettes.

Ceci dit, je suis assez d'accord sur ce que tu racontes pour les descriptions. C'est un vrai casse-tête. Il faut être précis et rigoureux en suscitant parfaitement les images sans brider l'imagination du futur réalisateur et metteur en scène... Facile hein ?

Bref, si tu veux en parler, contacte moi par mail, c'est un débat assez intéréssant.

PS: j'ai écrit un long-métrage que j'avais passé à 2 professionels, ils m'ont annoté tout le scénario... C'était d'autant plus drole lorsqu'on lit les deux versions, car certaines indications d'un des scénariste va à l'encontre de l'autre...

Loris 22/01/2008 13:45

Mort de rire. Et si vrai...