Première réaction des scénaristes

Publié le par Mangelune

Lu dans Libération aujourd'hui :

L’Union-Guilde des Scénaristes
QUOTIDIEN : mercredi 21 novembre 2007

La grève des scénaristes américains, mondialement médiatisée, met en lumière l’importance d’un métier dont dépend toute une industrie. Pendant ce temps, de ce côté de l’Atlantique, nous subissons une campagne de dénigrement savamment orchestrée qui voudrait faire croire que la fiction française est en crise et que les scénaristes français sont des incapables. Pourquoi ces bruits imbéciles ?

La réponse est simple. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. Le but ? Faire baisser les obligations des chaînes privées et détruire le système de quotas d’œuvres originales en langue française auquel elles sont soumises. Car cette campagne de dénigrement, qui dure depuis plusieurs mois, est aujourd’hui suivie d’une offensive des chaînes privées contre leurs obligations. Cette offensive, soutenue par le gouvernement, a fait bondir leurs actions de 20 %. Produire français coûte plus cher que d’acheter à bas prix des séries américaines déjà amorties sur leur territoire. Il s’agit donc de détruire tout un secteur de notre industrie pour le profit immédiat et à court terme de quelques actionnaires. C’est cela la vérité, il est important de la dire. Est-ce cela la réalisation des promesses du gouvernement ?

Un peu d’histoire : l’Etat a privatisé des chaînes et leur a concédé gratuitement l’utilisation de canaux de diffusion, à condition qu’un pourcentage de leur chiffre d’affaires (16 % pour TF1) soit investi dans la création et la production d’œuvres originales. Des canaux bonus sur la TNT ont été attribués récemment et gratuitement aux mêmes chaînes, auxquels s’ajoute l’ouverture de secteurs jusque-là interdits à la publicité, comme la grande distribution. En sept ans, TF1 a vu son chiffre d’affaires augmenter de 43 % ; M6, de 104 % ! On pourrait logiquement penser que le gouvernement renforcerait leurs obligations en proportion des avantages concédés. Il n’en est rien. Il faut dire que certains décideurs de l’audiovisuel sont des amis de longue date du président de la République. Il est permis de s’inquiéter de ces liens amicaux dans les circonstances actuelles.

La pseudo-«crise» de la fiction française se cristallise autour de quelques séries dont l’Audimat est décevant. On évite soigneusement de parler des succès. Prenons le programme de cette dernière semaine : le Lien, le Pendu, Guerre et paix ont connu des audiences magnifiques. Quant aux séries, qui n’a pas vu Clara Sheller, Avocats et associés,Plus belle la vie, Kaamelott, les Bleus ? Il faut poser les vraies questions avant de désigner des coupables. Clouer les scénaristes français au pilori pour casser la réglementation est facile. Ni salariés ni intermittents du spectacle, ils ont une profession mal connue et peu défendue. Ils n’ont pas d’amis dans les instances qui gouvernent. Ils n’ont pas non plus de places dans les instances qui décident de la fiction, qui la commandent et qui la programment. Ils ne sont que rarement cités dans les programmes qui annoncent les films qu’ils ont écrits. L’attaque dont ils sont aujourd’hui la cible n’est qu’un écran de fumée qui masque ce qui se trame en coulisses… Sur la scène internationale, la France défend depuis des années la diversité culturelle, la circulation des œuvres, le droit de chaque pays à avoir une expression propre et donc une production propre. Si nos élus baissent les quotas et les obligations de production, cela signifierait la mort de tout un tissu industriel et de tout un pan de notre culture vivante.

Face à ces manipulations grossières, il s’agit de défendre notre culture et le respect de l’identité des spectateurs à travers les fictions. En un mot il s’agit d’exister.

Une manifestation des scénaristes est également prévue le 28 novembre.

Publié dans Séries

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