Je progresse dans mes recherches des raisons du retard français en matières de séries. J'ai désormais un nombre d'explications assez saisissantes :
Tout d'abord sachez que le faible nombre de chaînes et l'entente qui règne entre elles, au moins dans la fiction, a fait que peu de groupes se sont partagés un gros gâteau. Il leur suffisait de ne pas diffuser deux oeuvres originales et nationales le même soir pour ne pas avoir à s'entredéchirer. Un peu comme quand dans la téléphonie les opérateurs s'entendaient pour ne pas avoir à baisser les prix. Qu'importe la nullité de mon programme, en face il n'y a que des shows et des rediffusions et le spectateur n'a pas le choix.
Ensuite, sachez que le diffuseur intervient aussi sur les créateurs. Tout d'abord en sélectionnant ce qui doit passer : il faut chercher à tout prix le consensuel pour toucher un maximum de personnes, éviter tout ce qui est original de peur de choquer. Désormais, ce qui dépasse du lot ne vient que de l'admiration des spectateurs pour les séries américaines, conduisant les décideurs à vouloir de pâles copies à moindre coût sans jamais oser la différence et l'originalité.
Ensuite il faut diviser les différents créateurs, supprimer les contacts entre scénaristes, réalisateurs, acteurs, techniciens. Il faut les engager au dernier moment, leur faire signer des contrats au tournage voire à la remise de l'oeuvre finie (certaines mini-séries voient leurs auteurs payés uniquement si le film est diffusé !). Impossible de se révolter quand la profession est divisée, précarisée, séparée de ses alliés naturels. Celui qui refuse perd son gagne pain et disparaît.
Enfin, chaque maillon de la longue chaîne de production met son grain de sel dans l'histoire, retouchant les textes, les faisant réécrire au dernier moment, ne donnant qu'une partie du script aux acteurs, les empêchant de communiquer avec les auteurs, les faisant engager par des directeurs de casting, leur refusant la moindre répétition. Pas de directeur artistique en France, la vision globale de l'oeuvre n'existe pas et personne ne sait au juste ce qu'il crée.
Comment dans ces conditions concevoir une fiction saine et dynamique ? Les USA réussissent la gageur de détenir l'argent et l'audace. En France, on a pas d'argent (soi-disant), mais on a...
des spectateurs dociles ?
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