Clara Sheller ou l'entrée dans le XXIème siècle

Publié le par Mangelune

(Enfin 21ème, quand on voit qu'une série comme NYPD Blue a plus de dix ans...)

On m'avait dit énormément de bien de Clara Sheller. Comme toujours j'avais pris le parti de la bienveillance naïve ("mouaif une série française avec Diefenthal parlant d'une trentenaire joviale à la Amélie Poulain, et puis quoi encore"). Mais bon, à force de dithyrambes et ne voulant pas mourir idiot j'ai profité de la rediffusion de France 2 pour m'y essayer. Grand bien me fit, comme quoi il ne faut jurer de rien, Clara Sheller est LA série française actuelle à avoir vu.

Le thème est simple, sympathique sans être énorme, et pourtant d'actualité : la série parle de trentenaires avec un travail mais incapables de construire une famille durable. Nos protagonistes sont parisiens, cultivés, gay friendly, bref appartiennent à un microcosme capitalo-centré plein d'élites bourgeoises, et pourtant... pourtant ce propos n'est pas aussi réducteur qu'il n'y paraît. En évitant soigneusement l'habituel patchwork à quotas pratiqué à la télévision (le riche, le pauvre, le banlieusard, la bourgeoise le tout bien mélangé pour qu'on sache bien que l'égalité est la seule morale), la série fait tout d'abord preuve de réalisme. En prenant la vie par le petit bout de la lorgnette, il peut ainsi se permettre un scénario qui part du particulier pour aller vers le général, démarrant sur deux amis aisé pour finalement parler de la crise du couple, de la sexualité, de la famille... le tout de façon extrèmement intelligente tout en ne sortant jamais de la vie de ses personnages : le principe élémentaire de la fiction, qu'on croyait pourtant oublié en France !

Un très bon travail de scénariste donc, partir de personnages précis, crédibles, rester dans le sujet tout en faisant résonner les situations à un niveau plus élevé, se permettre des dialogues justes, parfois drôles, passer du drame aux rires et inversement, se payer le luxe d'avoir des personnages égoïstes et humains, à la fois lucides et aveugles...

Mais le pire est que la mise en scène elle aussi est exemplaire. Le générique est résolument moderne et efficace avec la chanson Naïve Song (ça nous change du piano), les plans de transition de Paris sont magnifiques, la réalisation est dynamique et ose les ruptures de ton, la photo est belle, les acteurs d'une justesse rare (mention spéciale à Diefenthal qui réconcilie tous ses détracteurs)... Un sans faute des plus impressionnant.

Alors par probité il faut bien soulever quelques menus défauts. Le sixième épisode est légèrement en décalage avec la reste et verse un peu trop dans la déprime pour vraiment clore la série en beauté. Certaines trouvailles très osées du scénario (le triolisme) tombent un peu à plat en advenant de façon trop brutale, trop tard, sans pouvoir être développées. On a le sentiment d'une série arrêtée trop tôt, d'un épisode manquant.

Tout cela n'est rien par rapport à la surprise qu'est cette série. On se prend vraiment à aimer les personnages, à espérer en leur réussite. J'espère franchement voir ce genre d'oeuvres de plus en plus nombreuses. Je n'ai même plus envie de démolir Mystère qui cartonne en audience, j'aurais l'impression de perdre mon temps...

Publié dans Séries

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