Buffy : a slayer slang

Publié le par Mangelune

Buffy the vampire slayer est une série mettant en scène des adolescents légèrement marginaux confrontés à des monstres qui sont autant de métaphores du passage à l'âge adulte. Une fois qu'on a dit cela, on peut s'intéresser à un autre aspect essentiel de cette série : le langage. Les séries américaines ont souvent une assez grande affinité avec la langue, contrairement aux séries françaises qui se montrent beaucoup plus ampoulées (Kaamelott mis à part), mais Buffy, par le biais de l'influence de son créateur Joss Whedon, va beaucoup plus loin dans ce registre.

Le langage comme jeu

Ce qui est appelé "Buffslang" en Amérique n'est ni plus ni moins que la langue anglaise maltraitée par la série. Néologismes et barbarismes sont en effet monnaie courante et créent en quelques sortes une forme d'argot propre au "Buffyvers" (l'univers de Buffy). Quel intérêt me demanderez vous ? Le plaisir qu'on peut ressentir à torturer les mots, le symbole du conflit générationnel, la'expression de la maladresse de jeunes personnes, le reflet des angoisses que l'on peut ressentir face à des mots incapables de répondre à des sentiments chaotiques... Certains trouveront cela puéril, d'autres constateront que ce procédé se poursuivit tout au long des sept saisons, portant l'anecdotique du procédé au rang de style particulier.

Le langage comme métaphore

Comme pour les monstres en fait ? Eh bien oui. Les personnages de Buffy bredouillent, se trompent continuellement. Jamais série n'aura autant pratiqué le lapsus, le quiproquo, l'amphibologie. Les mots semblent échapper au contrôle de leurs prononciateurs et révèlent bien malgré eux leurs pulsions (le fond est bien souvent sexuel évidemment). On parle en scénario de sous-texte : ce qui est dit n'est que la partie émergée de l'iceberg, au spectateur d'en deviner le sens caché. Ici le sous-texte déborde littéralement, transperse le langage maîtrisé. Comme si, finalement, le fait de parler d'individus marginaux, peu habitués à communiquer, permettait de montrer le peu de contrôle qu'ils ont sur eux-mêmes et sur leur place dans la société. Il est frappant de constater que le seul vrai personnage populaire du groupe, Cordelia Chase, parle sans heurts et laisse souvent ses pensées se déverser sans retenue, incapable de juger de ce qu'il est bon de garder pour soi.

Le langage comme mensonge

Arrivés là, on comprend que les personnages s'efforcent de cacher quelque chose. Comme dans toute bonne série en effet, en dépit du degré d'amitié qui les unit, les protagonistes se mentent. Ils ne dévoilent pas tout ce qu'ils savent, ils craignent de blesser et d'être blessés, ils laissent leurs histoires amoureuses dériver sans oser l'affronter.

C'est là qu'arrivent quelques coups de génie : les épisodes sur le langage que sont Hush, Once more with feelings et dans une moindre mesure le plus mineur Storyteller, soit respectivement l'épisode muet, l'épisode musical et l'épisode narré. Whedon a eu l'idée de génie de confronter ses personnages à des situations où ils ne maîtrisent plus du tout ce qu'ils disent et d'en faire non un simple amusement mais un bouleversement radical de la vie des héros. Dans Hush Buffy et Riley découvrent leurs identités secrètes, se voient forcés d'exprimer tout ce à quoi ils pensent par mime avant de se retrouver incapables de converser une fois le sort rompu. Dans Once more with feelings, un démon de la danse force les personnages à réveler ce qu'ils cachent à leurs amis dans des chorégraphies endiablées (ah ah). Enfin dans Storyteller, Andrew (un assassin vivant dans le déni) s'efforce de réaliser une vidéo-témoignage de sa vie de héros avant d'être violemment confronté à ses mensonges.

Conclusion
Il n'est pas surprenant de voir le désastre de la VF de Buffy.  C'est juste désolant dans la mesure où les traducteurs n'ont pas fait l'effort de rendre toutes les torsions et coups qu'infligent les personnages à la langue. Si tout cela constitue un des ressorts humoristiques principaux de la série, ce n'est pas pour autant gratuit mais participe à la profondeur de l'oeuvre. En conclusion je conseillerai donc à tous ceux qui veulent aborder la création de Joss Whedon de le faire dans les formes, à partir de la VO.

Publié dans Séries

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article