Politique et fémino-machisme

Publié le par Mangelune

Il fallait bien que je glisse deux mots sur la présidentielle (oui la photo n'est pas adaptée mais attendez de lire la suite) et sur une question qui sera revenue pas mal de fois sur le tapis : Ségolène Royal est une femme.

De chaque côté on se défendra de faire preuve de sexisme : la candidate ne mettrait pas en avant sa féminité pour cacher le vide de son programme, ceux qui la jugent incompétente ne baseraient pas leur conviction sur sa non-masculinité. Finalement les deux camps sont sexistes, mais je trouve plus grave de se priver de la gauche à la présidence que d'utiliser tous les moyens pour convaincre un électorat indécis (ce qui se fait largement en politique, dit-on de Sarkozy qu'il cache la xénophobie de son programme derrière ses origines hongroises ?).

Si on se tourne vers les autres femmes en politique : Laguillier est globalement considérée comme sympathique (mais j'imagine qu'à ses débuts on se montrait moins tendres), Voynet est vue comme médiocre (et les chasseurs la détestent), Buffet est synonyme d'ennui, Clémentine Autain - plus énergique - passe pour une arriviste ambicieuse, Boutin est une réac intégriste, Aubry c'est les 35h, Roseline Bachelot s'habille en rose... etc, on trouve de vieilles réacs coincées ou de jeunes chiennes de garde arrogantes. Les femmes qui sont ainsi, ou le regard des gens sur elles dès lors qu'un poste à responsabilité est atteint et qu'elles prennent la parole en public ? Si c'est ce dernier cas qui s'impose, ne peut-on considérer que l'hostilité à l'égard de Royal est à la hauteur de la charge qu'elle brigue ?

On reproche à Royal ce côté "mère du peuple", mais son adversaire en fait autant dans le compassionnel avec sa main tendue aux accidentés de la route (comment un battant de droite qui prône le "tirez vous les doigts du cul / aux meilleurs la victoire" peut-il baisser les yeux sur les faibles ?). On lui reproche ses gaffes, ses erreurs, mais Sarkozy a fait autant de conneries et parfois autrement plus inquiétantes. Elle serait incompétente : là je ne sais pas ce qui permet de le penser, en tous cas elle ne sera pas seule aux commandes, et je ne vois pas en quoi elle serait plus dangereuse pour le pays que quelqu'un ayant déchiré le pays avant même d'être au sommet. Son absence de programme également n'est que pure invention : c'est celui du PS dans les grandes lignes, et d'autres qu'elle auraient donc soutenu le même.

Dernier reproche, peut-être le plus intéressant : Royal n'aurait pas de charisme. Elle n'accompagnerait pas la foule, elle ne démolirait pas ses adversaires et refuserait une fois sur deux l'affrontement. Le débat du 2 mai révèlera ou non des ressources insoupçonnées d'aggressivité lorsqu'elle se retrouvera en face de Sarkozy. Je pense qu'effectivement elle manque de vraies qualités d'oratrice, mais je ne peux m'empêcher de penser que si elle avait été plus violente dans sa façon de s'exprimer, elle se serait faite traiter d'hystérique ou de sorcière coincée (ou de professeur, voir lorsqu'elle avait reprise une militante socialiste).

Ceux qui objecteront que le fait que les femmes elles-mêmes n'aiment pas Royal serait une preuve de l'absence de sexisme me laisseront assez rigolard puisque les femmes n'ont jamais été uniquement des bienfaitrices de la cause féministe, étant au même titre que les hommes influencées par leurs origines et leur éducation.

Publié dans Politique

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