Vaut mieux rien foutre que bosser

Publié le par Mangelune

  Une vieille affaire qui ressort régulièrement et qui est reprise avec le merveilleux assentiment des plus grands partis : il y aurait des chômeurs mieux payés que des travailleurs ! Une situation intenable donc, et qui légitime une mesure simple et efficace : on n'augmente pas les minimas sociaux.

  Le RMI c'est 440 euros pour une personne seule, 925 pour un couple avec deux enfants. Le SMIC c'est 984 euros nets pour une personne qui travaille 35 heures. En gros, qu'est-ce que cela signifie ? Qu'un couple au chômage avec deux enfants dont l'un des conjoints trouve un emploi payé au SMIC ne gagne presque rien, sinon de quoi faire bonne figure. Quelques aides comme la gratuité des musées, une poignée de réductions, la gratuité des transports disparaissent aussi.
  Si on compare un SMIC et une indemnisation chômage, la différence est évidemment plus flagrante, puisqu'on a là 80% du salaire brut précédent qui est perçu par une personne. Ensuite tout va dépendre de la situation familiale, etc. Déjà on sent que le problème est complexe et concerne des cas particuliers, qu'on ne devrait pas pouvoir lancer des grandes phrases type "je suis d'accord c'est inadmissible" sans même se renseigner.

  Plus intéressant le joli renversement idéologique dont les démagogues ont le secret. 440 euros ce n'est rien, même avec d'autres aides comme les APL. Je n'appelle pas cela vivre mais vivoter. Pas de vacances, peu d'achats, des produits de consommation de mauvaise qualité... Ajoutons à celà l'opprobre sociale, un zeste de culpabilité, un soupçon de déprime et d'ennui, et on comprend que la situation du chômeur en fin de droit est peu enviable. De l'autre côté, le bénéficiaire de l'allocation est voué à la voir disparaître ; il s'agit donc d'avantage d'une aide pour maintenir son train de vie avec la menace du RMI au bout du tunnel (je dirais aussi qu'il a bien mérité un peu de détente, après tout il a côtisé avant non ? Bon je sais que ce genre de propos ne sont pas du goût de tous). Enfin, j'ajoute le fait que le chômage est appelé à perdurer pour un moment et que donc il est difficile de trouver un travail, quelle que soit sa volonté.

  C'est là qu'intervient le renversement : puisque le chômeur est mal barré, puisque le chômage est là pour longtemps, on s'empresse de sortir du chapeau l'exemple du travailleur précaire, ou mal payé, pour d'une part faire fermer son clapet au glandeur, d'autre part pour monter les deux l'un contre l'autre (le travailleur pauvre sait qu'il doit sa misère aux charges sociales qui sont là pour aider ce sale feignant de chômeur à vivre peinard en rien faisant).

  Fascinant non ? C'est quand même plus sympa que de se contenter d'accuser le chômeur d'être un parasite des honnêtes travailleurs, une recette qui hélas ne marche plus dans notre société compassionnée. Augmenter les minimas sociaux c'est mettre chômeurs et smicards au même niveau. Augmenter le SMIC c'est mettre les travailleurs pauvres au niveau des autres (bouh quelle horreur, de quel droit ? Si mon voisin éboueur gagne autant que moi je pars en Amérique !).

  Et ne parlons pas du fait que normalement le SMIC soit le minimum théorique et non pas la norme...

Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

shamitsu 03/06/2007 15:41

au boulot, feignasse !


ah euh... oups !


c'est surtout la grande entourloupe libérale made in sarko : au lieu d'opposer les riches et les pauvres ( la bonne vieille lutte de classe qui malgré tout demeure la ligne de démarcation socaile fondamentale), on oppose la France qui se lève tôt et celle des assistés. Et hop, ni vu ni connu, on stigmatise toute une catégorie de gens qui morflent, on s'assure les voix non seulement de ceux qui ont du fric, mais aussi des prolos précarisés qui croient quand même que des tonnes de sangsues flemmardes s'engraissent sur leur dos.

Façon magistrale de casser la solidarité potentielle de ceux qui se font tous entuber par le système.