300 ne souffre pas la demi mesure

Publié le par Mangelune


Je suis allé voir 300, persuadé d'aller me tapper un horrible film fasciste avec des batailles au mieux regardable. Et finalement 300 ne parle pas de l'invasion américaine de l'Irak comme certains critiques l'ont dit. Ce n'est même pas le point de vue inverse, celui des envahis. C'est un film sur la démesure. Pas d'affaires de religion ici, le seul dieu est un homme qui croit pouvoir dominer le monde, tandis que son adversaire le roi Léonidas s'oppose lui aux prophètes de son peuple.

Tout l'intérêt de ce film repose sur les affrontements et les icones guerriers, grâce aux décors synthétiques grandioses, aux couleurs artificielles empruntant à l'acier et au bronze et surtout aux ralentis, insérés entre deux accélérations, qui crééent moins un effet de dynamique qu'une succession d'images fixes comme finalement une véritable bande dessinée (puisque l'origine du film vient de là). Comme dans Sin City auparavant, le langage des images fixes s'invite une nouvelle fois au cinéma, et le mouvement compte moins en lui-même que pour les passages quasi-figés qu'il souligne.

On a donc de la force, de la violence, de la démesure, des poses poussées à l'extrême, des corps huilés et tendus, du sang et des membres volant au travers de l'écran. Ca en jette pas mal. On pourrait croire que l'ennemi est stéréotypé, caricatural mais non. Sauf exception de la poignée de messagers et du dieu effeminé (et pas si ridicule finalement), les hordes ennemies ne sont pas mauvaises, malsaines ou perverses : elles sont anonymes, destinées au final à finir en chair à boucherie ; leurs flèches sont légions et obscurcissent le ciel ; leurs bateaux éclipsent la mer.

Ce n'est pourtant pas un film exempt de défauts. L'histoire d'amour n'a strictement rien à faire là : le roi a une femme qu'il aime, qui est belle et brave, il la laisse même parler en son nom et le conseil l'écoute, merveilleux exemple d'égalité hommes-femmes dans l'antiquité, totalement invraisemblable donc et placée là uniquement pour séduire le public féminin ; la pondérance qui régit cette sous-histoire est complètement hors de propos puisque nous sommes là pour voir une monumentale boucherie héroïque. Sans parler des blés blonds façon Gladiator (et les choeurs féminins piqués à ce film qui devient donc la référence esthétique des peplums modernes, sic)... On ne verra évidemment pas non plus les esclaves entretenir ces champs, Spartes ne devant montrer que le visage de la liberté, mot asséné trop souvent pour ne pas cacher une idéologie limite. Quelle niaiserie de toutes façons de nous répéter que Spartes est belle, juste et ses enfants heureux et fiers : les 300 ne triomphent pas parce qu'ils défendent un idéal de beauté mais un idéal de brutalité et d'obéissance. Toute cette imagerie pour gogos relève donc de la malhonnêteté intellectuelle.
Pour finir, je pourrais parler de l'aspect "ce qui est laid/tordu est méchant", mais bon ce sont des poncifs qui tiennent au genre héroïque et qui finalement ne me gênent pas.

L'intérêt de 300 tient en conclusion en ce qu'il est une catharsis. Comme Aristote le voyait pour le théâtre, le cinéma sert ici à nous vider de nos envies de puissances, de force, de brutalité iconographique, à l'aide d'un montage qui prévilégie l'arrêt au mouvement, et donc la pose au réalisme.

Publié dans Cinéma

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Shamitsu 03/06/2007 15:31

Bah c'est un éloge à l'héroisme primaire, dans ce qu'il a de meilleur, comme de pire, quoi...c'est pour ça que les critiques l'accusant de bushisme fascisant ( t'as lu libé ? à se pisser dessus de rire) sont à côté de la plaque.


Et puis c'est visuellement magnifique, faut dire.