
Ces derniers temps on commence à découvrir miraculeusement les suicides liés à l'emploi, en marge de cette société privée de travail ou à mi-temps et tellement demandeuse.
Il est bien sûr délicat de définir les raisons exactes qui mènent à ces suicides, mais il n'est pas impossible d'en dégager quelques éléments.
Vive l'interim !Amis chômeurs, l'intérim vous ouvre ses bras. Dans un monde du travail qui demande sempiternellement un diplôme précis et cinq ans d'expérience, les agences d'intérim font figure de restos du coeur de l'emploi.
Evidemment, il ne faudra pas s'attendre à la crème des jobs. Vous ferez de la manutention, vous répondrez au téléphone pour des banques, bref vous ferez tous ces boulots sous-traités dont personne ne veut comme carrière. Vous pourrez même travailler dans le nucléaire avec EDF et vous faire irradier (juste la dose de sécurité, après vous êtes viré).
Vous vous retrouverez avec un boulot temporaire (il vous faudra en chercher encore et encore toute votre existence, et souvent vous pensez au futur quand vous aurez juste envie d'une existence tranquille et que ce sera impossible), méprisé par les permanents des entreprises où vous arrivez, utilisé pour contourner les grèves (ne trichez pas votre agence l'apprendra), employé par une entreprise qui sous-traite à une entreprise qui sous-traite à... bref sans que quiconque sache qui vous emploie, perdu dans un grand flou où votre seul droit sera de faire ce qu'on vous demande.
Le flex-miracleEh oui, on vous le dit la flexibilité est l'avenir. Le CNE est là, le CPE a bien failli arriver et le contrat unique se profile. La force de la France, ce sont ses entreprises, on l'entend partout, des tonnes d'entreprises qui se créent, vivotent en profitant des allègements temporaires de charges et puis ferment, parfois pour se rouvrir juste après sous un autre nom.
La flexibilité du bientôt défunt gouvernement, c'est la fameuse flex-sécurité, sans la sécurité. Heureusement la gauche est là avec ce merveilleux euphémisme de Mme Royal : " une entreprise a peur d'embaucher car elle ne peut pas licencier quand elle connaît des difficultés,
moi je veux que les entreprises n'aient pas peur d'embaucher " ; le travailleur sera protégé durant l'année qui suit son licenciement. Et s'il ne trouve pas de travail pendant un an ? Mystère. Et si l'entreprise en profite pour faire pression sur ses employés encore plus aisément qu'aujourd'hui (après tout elle n'aura plus peur d'embaucher quelqu'un d'autre) ? Mystère aussi.
Heureusement la fexibilité c'est aussi celle du contrat à mi-temps : le travailleur a deux boulots, chacun exigeant de lui qu'il soit disponible (oui parce qu'un employé à mi-temps peut se voir rajouter des heures qu'il est obligé d'accepter). Mieux vaut deux employés à mi-temps qu'un à plein temps, puisque ces deux là seront toujours plus servils dans l'espoir de gagner des heures supplémentaires (une façon de voir les choses qui remplace la vieille idée de l'augmentation, on est passé d'une augmentation de salaire à une augmentation d'heure de travail).
Maudites trente-cinq heures (lu à l'envers ça donne "Satan est ton souverain")Peste soit des 35h qui n'ont pas créé d'emploi ! Maltraitées par un gouvernement inique qui voulait se faire mousser, les entreprises ont bien failli être mises sur la paille.
Fort heureusement, une solution a été trouvée : les heures sup... ah non en fait ça c'est pour le prochain gouvernement.
Non, la solution miracle s'appelle la rentabilité renforcée : si vous travailliez moins pour le même prix, vous tueriez l'entreprise. Néanmoins, vous savez que le patron peut vous virer (il ne le fera pas c'est trop chiant mais en en virant un pour une raison lambda tous les autres sauront qu'il en a le pouvoir, et comme en plus la télé ne parle que de licenciements). En plus, vous savez que plein de gens veulent votre boulot : ils le disent à la télé le chômage est partout même chez les gens très diplômés comme vous. Alors en échange de votre boulot de nanti l'employeur veut que vous travailliez mieux, plus vite et que vous fassiez moins de pauses. Comme ça vous ne lui coûterez pas plus, il ne sera pas obligé de créer des emplois nouveaux et trop chers et tout le monde s'y retrouvera.
L'esprit d'entreprise ou la grande famille des cocusEn plus de vous faire bosser comme un dingue il va vous faire croire que vous oeuvrez pour une entité abstraite bienfaitrice, directement issue de la bourgeoisie du passé et du culte religieux paternaliste : vous êtes une grande famille, le patron est votre père et l'entreprise votre mère, une mère tendre que vous gavez de votre amour. Ne pas se montrer digne de ses parents de travail, c'est être un moins que rien, un fils indigne, donc pour être bien vu il faut accepter ce que la mère (insouciante) demande et ce que le père exige (il est dur mais c'est pour votre bien). Au risque de devenir fou, tiraillé entre les exigences constantes de ce giron d'adoption et les demandes odieuses de cette autre famille, humaine elle, qui ne comprend décidément rien à votre vocation (et vas-y que je veux passer du temps avec toi, un enfant, que je veux de l'argent, faire des études, que je trouve pas de travail, etc.).
En passant, ils vont vous trouver un ennemi histoire de vous mobiliser : la fonction publique. C'est facile vous n'avez affaire à elle que quand les choses vont mal (papiers, soucis, impôts, convocations des parents, etc.) Comme ça au lieu de demander à votre chef ce qu'elle a, vous verrez en elle une bande de feignasses trop payés avec un emploi à vie, vous les aurez en horreur et vous arrêterez d'emmerder le monde avec la révolution.
Heureusement, le président nouveau arriveVoilà déjà un petit aperçu réjouissant de ce qui n'est pas prêt de changer. Prochaine étape : les heures supplémentaires détaxées, vu ce que j'ai écrit c'est exactement la solution qu'il nous faut.
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