Les trois actes

Publié le par Mangelune

Pour mon premier article sur les techniques de l'écriture scénaristique, je vais commencer par la base même de cette discipline, la structure en trois actes, héritée d'Aristote et du théâtre et qui pourtant se trouve encore d'actualité.

Pourquoi une structure ? Il ne s'agit pas (il ne s'agit jamais en écriture) de s'imposer un carcan à tout prix mais d'avoir des bases pour se simplifier la vie mais aussi pour s'imposer des contraintes, contraintes qui auront souvent pour effet de titiller la créativité (un peu comme en poésie avec les rimes). C'est ce qu'on appelle une contrainte créative.
Pourquoi trois actes ? Parce qu'il s'avère encore maintenant qu'il s'agit là de la forme la plus pure d'écriture narrative (scénario, roman, etc.).

Alors il ne s'agit pas là de la forme bien connue Introduction, Développement, Conclusion ; cette structure est bien trop bancale. En fait Introduction et Conclusion n'ont pour but que de donner des informations et pas de faire avancer l'histoire (on présente le décors ou on démontre les conséquences de l'histoire). Hors un scénario doit avancer dramatiquement, il ne peut pas se contenter de stagner (je répète une dernière fois, je parle ici d'un scénario traditionnel).

- Le premier acte nous présente donc le décors, mais en les dramatisant, avec de l'action. A la fin, on doit placer un événement qui bouleverse la vie du personnage principal, qui lui donne un but difficile à atteindre et qui le motive tout le long des deux actes suivant.
- Le deuxième acte nous montre le personnage en quête d'un nouvel équilibre et se termine par un rebondissement qui donne une nouvelle direction à cette quête ; le personnage est forcé de remettre en question son objectif.
- Le troisième acte est le plus court et nous décrit la dernière étape de la quête : l'opposition se fait presque insurmontable, il reste peu de temps et le personnage se voit confronté à une ultime épreuve dans laquelle il doit mettre toutes ses ressources, pour finalement triompher ou échouer sans retour possible.
- On peut à la limite ajouter une courte conclusion afin que le spectateur ait en main tous les éléments nécessaires pour comprendre le film ou pour qu'il se repose après tous ces rebondissements. C'est ici qu'on peut ajouter la coda, un moment qui ne sert à rien et qui est juste esthétique (le héros sur une plage regardant le soleil couchant...).

Un exemple assez pur de construction en trois actes se retrouve dans les films de gangster : le but pour le personnage est de devenir "quelqu'un". Il commence plein de rêves et durant le 1er acte il se fait embaucher par un gangster : il comprend alors que cette voie est faite pour lui. Dans le 2ème acte on nous montre comment il gagne en confiance et en importance pour finalement se débarrasser de son patron et s'installer à sa place. Enfin, le 3ème acte nous montre sa chute et se termine par la mort du gangster. Pas de conclusion à faire, la fin du 3ème acte suffit. On a l'ascension, l'apogée et la chute.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Nico 11/04/2008 09:03

Article court, concis et efficace.
Dans la bd on s'arrête au mieux sur la forme bien connue "problématique, développement résolution".
Et si ça marche sur la plupart des genres, polar, aventure, quête, ça se casse le nez dés qu'on aborde le thriller à tiroir. Je le sais puisque j'y suis confronté à l'instant.
Votre remise au point de cette structure en trois actes (cinq?...) et que j'avais oublié, me remet les idées en place.
Merci et bonne continuation.

Antoine Cupial 06/03/2008 10:25

Oui on parle de 3 "actes" parcequ'on raconte les histoires de la même façon depuis la nuit des temps... Monde réel, Quête, Résolution.

Mais en scénario, on parle parfois de 5 actes, ceci à cause de la crise centrale de l'acte 2 qui joue un rôle de pivot, ainsi que le climax à l'acte 3 qui marque le point ultime avant la conclusion.

Personnellement, j'aurais plutôt tendance à dire qu'il y a 3 actes et 5 "temps" mais tout cela est un détail... Il faut juste ne pas oublier qu'il y a un certain nombre de "pivots" au sein des actes qui n'ont pas tous la même fonction, mais qui marquent la progression de l'histoire.

Mangelune 12/02/2008 21:32

Oui la structure en 3 actes sert surtout de base, et se trouve être en vérité une structure en 5 actes si on y ajoute l'introduction et la résolution (qui sont toutes deux les plus courtes possibles).

Pour ce qui est des termes officiels, je ne les ai pas mis pour destiner l'article aux débutants, les autres n'en ayant a priori pas besoin ;) Cet article est de toutes façons grandement perfectible.

LEGUEN 04/02/2008 04:06

Génial ton exemple de gangster, j'étais vraiment mort de rire. C'est un bon articile qui résume bien la structure ternaire, mais finalement, elle est peut utilisé. En fait, on la constate essentiellement à la télévision... Au cinéma, cette structure a tendance à disparaitre au profit d'une structure narrative plus complexe (avec des scénarios en canneva par exemple)... Enfin c'est mon point de vue...

Bref, c'est un bon article, le seul regret que j'ai, c'est pourquoi ne pas évoquer les noms: Grand noeud dramatique 1 et 2 ? Climax ? Dénouement (avec le paiement et la réparation, chose qui arrive tout le temps dans le genre d'exemple que tu as énoncé) ?

PS: Pour ceux que ça intéresse, le livre d'Aristote dont il parle est: La Poetique. Livre très important, à ne pas manquer.