Buffy : le corps et la mort

Publié le par Mangelune

Drôle d'épisode que The Body, où Buffy l'héroïne tueuse de vampires découvre le corps sans vie de sa mère. Les morts précédentes de plusieurs personnages importants n'avaient en aucune façon préparées le spectateur à cela ; le décès de Jenny Calendar et d'Angel avaient été gérés de manière traditionnelle (ce qui signifie très hollywoodienne, facture honnête, musique tire-larmes & co).

Le titre original (et non celui français Orphelines) résume à lui tout seul le propos (propos particulièrement bien mis en avant dans le commentaire audio du créateur de la série et auteur de l'épisode, Joss Whedon) : montrer l'aspect physique de la mort, du cadavre immobile aux sensations des proches. Une façon de rappeler que le fantastique n'est pas forcément histoire de rêveries et de fantasmes mais au contraire mise en avant codifiée du corps et des fluides (le cinéma gore en est la démonstration extrème), souvent rejetée au profit d'oeuvres désincarnées et sophistiquées.

Retour donc à une forme d'incarnation des personnages par le biais de nombreux plans séquences dans des décors reliés entre eux, par l'utilisation de caméras à l'épaule tant pour exposer l'état mental des protagonistes que pour rassembler le filmant et le filmé dans une même réalité (on jurerait être sur place, dans un univers réaliste). La lumière se fait plus crue, les plans sont plus longs tandis que les actions elles-mêmes s'étirent autant que possible. Le scénario s'attarde sur des détails sans importance comme le font les personnages essayant désespérément de se raccrocher à quelque chose.

Le physique s'exprime également de façon sordide, par les plans récurrents sur le cadavre de Joyce Summers, Buffy qui lui casse une côte en essayant de la ranimer, qui vomit sur le tapis et contemple le papier absorber lentement la tâche ; par le vampire qui apparait dans la morgue, nu, avec ces os tatoués sur un corps noueux, le corps à corps qui s'en suit et la mise à mort violente. Et surtout par cette fin où Dawn approche lentement la main pour toucher le visage de sa mère, pour donner une réalité à cette mort, interrompue par le générique comme pour montrer que rien ne saurait résoudre, expliquer ce qui s'est passé dans leurs vies.

Courts et longs métrages, même dotés d'une fin ouverte, ont ceci en commun qu'ils nous offrent des expériences finies dans le temps et nous donnent l'illusion que l'accomplissement est une réalité. Les séries nous rappellent que rien n'est jamais achevé et que l'être humain doit toujours se retravailler : la vie préexiste à la mort d'un proche, la vie perdure au délà du drame. Replacer la mort dans un tel contexte permet de s'affranchir d'une vision moderne où la mort est l'ensemble et non la partie du tout qu'est l'existence. Les épisodes précédents n'ont pas pour seule fonction de servir de souvenirs, les épisodes suivants n'ont pas pour seul objectif de nous montrer le deuil, car les personnages doivent se reprendre en main et avancer, sans pour autant renier ce qui s'est passé.

Publié dans Séries

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Mista 02/08/2008 01:54

"Le roi est mort, vive le roi" Voilà à quoi, précisément, m'a fait penser cet épisode de Buffy quand je l'ai visionné.
Les dialogues, les attitudes de ses proches, les propres réactions de Buffy sont parmi les scènes les plus réalistes que j'ai jamais vu retranscrits sur un petit écran.
Un des épisodes les plus réussis de la série, si ce n'est, L'épisode, le plus réussi selon moi.
La mort traitée de façon cru, véritable, authentique,... Un véritable exemple...

Mangelune 04/06/2007 18:13

Ah ben oui, mais en VO.

Faut d'ailleurs que je fasse l'article sur le langage dans Buffy au plus vite, depuis le temps que ça traîne.

shamitsu 03/06/2007 17:50

Merde, il va falloir que je regarde Buffy alors ;) ?