Journalisme en chute libre

Publié le par Mangelune

Je n'aimerais pas être journaliste en France aujourd'hui. Enfin si, c'est un métier qui m'attire, mais si je l'étais je me sentirais assez mal devant les charges permanentes que subit la profession, principalement pour tout ce qui touche à la politique intérieure.

Jamais le gouvernement ne m'a paru si décontracté face au fourmillement de ces gêneurs. Désormais, la moindre question pénible est balayée comme "stupide", "n'intéressant pas les Français" (oui ce fameux monobloc Français que tout le monde s'approprie). On donne dans le "si ça vous amuse de croire ça", dans le "heureusement que tout le monde ne pense pas comme vous". Une blague et on repart, le journaliste n'est plus le porte parole de quoi que ce soit mais le bouffon venu mettre en valeur la spiritualité de l'homme politique (tant que ce dernier est au pouvoir, donc courtisé ; les membres de l'opposition sont en effet plus sérieux car en demande de temps de parole).

On assiste au déploiement d'un véritable cercle vicieux du journalisme. D'un côté un développement de l'aspect paillettes de la politique, habituellement réservé au star system. Mettez cela en parallèle avec la concurrence des journaux télévisés en termes d'audience, qui entraîne un besoin de documents chocs faisant appel non au cerveau du spectateur (ou organe chiant) mais à son coeur (ou organe glamour).  Le journaliste n'est donc plus là pour décrypter l'information mais pour relayer les rumeurs, faire l'écho des querelles, des divorces et des mariages. Dès lors, le journaliste cesse d'être un spécialiste, un intellectuel pour devenir un voyeur. En tant que tel, il n'est plus respectable, ce qui permet au politique de le rabrouer aussi souvent que possible (en effet l'homme politique qui se prête au jeu du voyeurisme nie vouloir une telle situation et garde donc une certaine probité de façade).

Ajoutez en périphérie le rachat de la plupart des journaux  par de grands groupes industriels (quand bien même la rédaction demeurerait indépendante), et les coups de butoir permanents des organes satyriques (les Guignols de l'Info assimilent par exemple information télévisée et presse papier dans un grand groupe uniforme, les renvoyant dos à dos par manque de clarté), et vous comprendrez que les choses vont assez mal.

Il est donc temps de différencier journaux soumis à la sentimentalisation et journaux réflexifs, de s'indigner devant le comportement méprisant de nos gouvernants à l'égard de la presse, et donc de ne pas sombrer d'avantage dans l'apathie intellectuelle que voudrait nous imposer un pan de notre société. Les faits divers ne sont pas des informations primordiales, la vie privée de nos dirigeants est intéressante sociologiquement mais ne constitue pas une donnée essentielle, et les débats de société sont plus faciles à suivre à 20h30 qu'à 1h du matin.

Publié dans Politique

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Scap 07/03/2008 15:44

Je partage ce point de vue! Triste sort que celui de la presse dans nos frontières. Enfin, ça arrange certains, c'est sûr.
Au fait, cher rédacteur : on écrit "davantage" et non "d'avantage" ;-)

Mangelune 27/03/2008 13:30


Oups merci Scap (tu me le paieras un jour).


Screenariste 05/02/2008 17:22

C'est tellement vrai que ça en devient deplorable.