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Je m'appelle Vivien Feasson alias Mangelune (mon nom de plume en quelques sortes).

Je suis "métiers du cinéma" de formation. Ca ne veut rien dire et c'est normal, grâce à mes études je ne peux en effet exercer aucun mêtier véritable. Disons que je suis auteur-scénariste-réalisateur en devenir, en attendant le jour où on me fera confiance.

J'aime la fiction sous toutes ses formes, du livre au cinéma en passant par la télévision, et le jeu de rôles.

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Dimanche 4 février 2007

Et voilà ! Une année de plus à ajouter au compte du festival de court-métrages de Clermont-Ferrand. Une année de plus à travailler tous les jours et à ne voir qu'une poignée de films pendant que d'autres en font une indigestion.

Parce que l'indigestion est la base même d'un tel événement. Des milliers de films à visionner pour une équipe réduite (et qui chaque année, boulimique, reproduit le festin), 31 sélections de compétition avec 5 courts métrages en moyenne, 5114 films sur le marché...

Comme chaque année, rien d'exceptionnel au palmarès. Le plus grand nombre de prix va à des films qui ne sont pas là pour incarner le format court, mais qui sont plutôt des mini-longs métrages, efficaces car resserrés, drôles, très bien construits mais destinés à rejoindre bien vite la masse des oeuvres passées.

C'est à se demander parfois si le court n'est pas devenu ce que même la télévision parvient parfois à éviter : un flux continu de petites histoires se mêlant les unes aux autres dans nos cerveaux de spectateurs. Là où les séries parviennent à utiliser cette idée de déversement continuel pour opérer une réflexion sur le long terme, le court semble lui condamné à une existence éphémère : à peine vu, il se fond dans notre oubli.

Car c'est finalement la diversité qui est privilégiée, au détriment de toute réflexion ou cohérence. Parce que le festival se veut d'avantage tourné vers le public que vers la conception artistique, les courts se voient agencés suivant leur durée, leur genre, leur atmosphère, afin que chaque séance offre une sorte de vitrine exhaustive des genres, au détriment hélas d'un point de vue plus global et moins technicien.

En conclusion, il s'agit moins ici de critiquer le format court en lui-même qui recèle de vraies oeuvres et des créations très appréciables, que de remettre en question ce déversement qui rapidement se change en mélasse audiovisuelle. L'éducation à l'image prônée par Sauve Qui Peut le Court Métrage passe-t-elle vraiment par un tel imbroglio dénué d'analyse ?

par Mangelune publié dans : Cinéma
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Vendredi 26 janvier 2007

Hier, nouveau débat A vous de juger avec Mme Chabot (je reviendrai sur elle un jour). Nous avions sous les yeux l'opposition entre deux choix de société, un avant goût du deuxième tour avec l'affrontement titanesque entre François Fillon et François Hollande, représentants émérites de la droite et de la gauche traditionnelles.

Je suis sidéré par le peu de profondeur qu'un tel débat a pu présenter. Une fois les chiffres de chacun contestés par l'autre, les échecs passés de chaque parti remis sur la table et les quelques points communs vite dissimulés, on se retrouve avec de grandes tirades idéologiques (justifiées par l'attention publique ; par pitié public pense à des choses importantes, le prochain quinquenat en dépend !) mais avec aussi beaucoup de creux qui ne seront pas approfondis. Bref on ne saura, pas à moins de chercher longtemps par nous mêmes, qui ment et qui est de bonne fois, chacun disant "non" à l'autre de façon catégorique. Le temps télévisuel du débat ne nous laisse d'autre choix que de nous contenter de ces deux positionnements inconciliables et de choisir arbitrairement qui de l'un ou de l'autre ment.

On en viendrait à rêver d'un Holmes ou d'un Poirot, réunissant tous les acteurs politiques dans un salon anglais avant de désigner du doigt le traître, l'assassin, et de nous expliquer en long et en travers quels indices irréfutables l'ont mené à la vérité.

On pourra toujours me dire que tout citoyen a les moyens de savoir, qu'en chacun de nous un détective sommeille, et on aura raison. Mais une telle affirmation soulève un autre problème : si c'est à nous de chercher la vérité de chaque proposition, quelle raison d'être pour cette émission superficielle, pourtant fierté de la chaîne publique ? Si l'objet d'A vous de juger n'est pas de savoir, est-elle comme ces histoires où la quête n'est qu'un prétexte à quelque chose de plus profond, une relation entre deux personnes ? Sommes-nous là pour juger qui de Fillon ou Hollande est le plus fort, qui impose à l'autre sa présence, qui enfin domine l'autre (je laisse chacun apprécier la connotation sexuelle qui sous-tend une idée aussi sordide) ?

Arlette Chabot l'aura néanmoins dit : nous étions là pour prendre acte, pour noter chacune des promesses qu'ont pu faire les candidats. Cette fois ci, promis, il n'y aura plus de mensonges. Les Français en ont marre des menteurs, l'époque où ils vénéraient les truands c'est du passé. Et pas un esprit chagrin ne mentionnera à demi mots la mémoire politique éphémère du peuple, la peur du FN évidente mais aussi la peur de chaque camp de voir l'ennemi prendre le pouvoir, le fait que les abstentionnistes n'élisent pas les présidents ou les liens obscurs entre pouvoir et télévision...

par Mangelune publié dans : Politique
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Mardi 23 janvier 2007
Cette réflexion me vient après le visionnage de deux films récents : Cashback de Sean Ellis et L'incroyable destin de Harold Crick (en fait Stranger than Fiction, le titre français est nul et rappelle un horrible film) de Marc Forster.

Ces deux films utilisent une enveloppe originale pour sortir de la masse : Cashback pratique une mise en scène à la Michel Gondry (Eternal Sunshine of the Spotless Mind), sophistiquée et usant de l'esthétique léchée de la pub pour nous montrer un homme capable de figer le temps par la pensée ; Stranger than Fiction offre une réflexion sur le travail d'auteur, opérant une vraie mise en abîme puisqu'on y voit un personnage prendre conscience qu'il est le premier rôle d'un roman et rencontrer son "créateur".
Dans les deux cas le récit est légèrement fantastique, le but étant d'utiliser tous les moyens cinématographiques à disposition, pour porter le tout au dessus de la masse des films qui se contentent de raconter naïvement une banale histoire d'amour.

Oui parce que le fond de ces deux histoires est tout autre :
Cashback
raconte en fait l'histoire d'un garçon qui se fait plaquer, n'arrive plus à dormir, prend un travail de nuit et rencontre une autre femme. Comme il est peintre, il est aussi capable de voir la beauté en tout, et par ce talent il parvient à séduire sa nouvelle égérie. En plus des amis lui font une blague qui se révèle au final salutaire puisqu'elle lui permet de connaître enfin la célébrité.
Stranger than Fiction nous montre un agent du fisc avec une vie ultra réglée, qui rencontre une femme qui le déteste au début mais finit par être désarmée par sa détresse, achète une guitare, devient plus cool qu'avant et finit même par accepter de mourir pour l'Art (et pour sauver accessoirement un gosse). En plus au final il ne meurt pas et son acte sacrificiel le rend encore plus beau aux yeux de sa belle.

Enlevez donc l'enrobage fantastique de ces deux films et vous obtenez deux histoires très classiques, bateaux même, que je ne serais pas allé voir sans doute si on ne me les avais présentées au départ comme originales.
Seulement Michel Gondry utilisait le fantastique servir un propos original. Le procédé fantastique était au coeur du récit, il soutenait le propos même. Dans Cashback le fait d'arrêter le temps ne sert à rien. Le personnage peint des canons de beauté qu'il déshabille. Ce pouvoir n'est absolument pas exploré, ce voyeurisme n'est jamais remis en question. Dans Stranger than Fiction, le personnage ne se rebelle jamais contre le narrateur. Il est incapable de faire autre chose que ce que la voix raconte. Pire même, l'assujétion à cette voix fait de lui un être mû par une volonté supérieure, un pantin. Supprimez la voix, vous enlevez alors des moments drôles, un bon quart du film, mais finalement rien ne change : Harold Crick fait les mêmes actions et la fin est strictement la même. La seule analyse sur le travail de création est qu'un auteur apprenant que son personnage est vivant préfère l'homme à l'art (sans que cela change sa vie de toute façons, son seul objectif dans l'existance étant de finir son roman).

Comment attirer les gogos perdus devant la masse des films et comment faire des films sympathiques en prenant les spectateurs pour des cons ? J'ai ma réponse...
par Mangelune publié dans : Cinéma
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Lundi 22 janvier 2007
Combien de fois ai-je entendu les gens traiter les séries avec condescendance ? "La télévision produit du divertissement, le cinéma est seul capable de produire de l'art."

Je passerai rapidement sur le fait que le cinéma produit aussi du divertissement, et que ce qui fut hier pueril est aujourd'hui analysé comme art (Chaplin, Keaton, Hitchcock et des dizaines et des dizaines d'autres).
D'aucuns diront que les séries sont produites à des fins mercantiles, qu'elles  ne sont qu'industries et ne sauraient donc produire de l'art. Je répondrai que le cinéma est avant tout une industrie, et que le système d'aides français ne conduit pas forcément vers une plus-value artistique (le nombre restreint de décideurs, leurs interconnexions conduisent plutôt à un resserrement des aides autour d'un certain type de films et non autour d'oeuvres audacieuses).
On accusera la mise en scène des séries d'être limitée par le travail à la chaîne qu'elles impliquent ; d'un autre côté le cinéma victime du désir de fournir un produit fini de qualité (sans aspérités, sans ratées et donc enfin sans expérimentations) se voit lui aussi enfermé dans une réalisation héritée et non plus réinventée. Seulement on oublie que l'expérimentation passe alors par le biais du scénario, d'un jeu autour de la temporalité, du désir, des pensées... autant de moyens ludiques de créer.

On me répondra peut-être : oui mais le cinéma dont tu parles ce n'est pas de l'art. C'est de l'artisanat. Admettons. Qu'est-ce que l'art ? C'est évidemment un mot impossible à définir, et surtout pas par ceux qui l'utilisent pour accuser. Il est à mes yeux plus facile de cerner ce qui est de l'art que ce qui n'en est pas, pour une simple raison subjective : si je suis capable de voir quelque chose d'artistique dans une oeuvre, alors elle mérite sans doute au moins le statu d'oeuvre mineure.

Si on pense que l'art est une recherche esthétique de la beauté, alors on va à l'opposé de bien des mouvements qui ont travaillé à redéfinir ses frontières, à s'éloigner de la perfection reine et à travailler aussi bien à partir des aspects extérieurs de la nature que de l'intériorité de l'artiste (surréalistes, expressionnistes...)

Si l'art est interprétation de la "réalité", alors la fiction est un art ; le documentaire est un art. Le choix de ce qui est montré, de l'ordre des plans, du propos, tout va dans le sens d'une interprétation (réinterprétation dans le cas d'images d'archives) du réel. Mais dans ce cas toute création, même minable, est une oeuvre d'art. Il ne reste alors qu'à juger le regard de l'artiste selon des critères subjectifs.

Si l'art est création, celui qui use des moyens de ses prédécesseurs pour faire de la fiction n'est pas un artiste. Il est très difficile de juger de ce qui a été fait et de ce qui est nouveau, mais il m'est difficile en regardant Urgences ou 6 feet under de dire que ça a déjà été fait 100 fois. Une série comme Buffy aura sans doute l'air déjà vue de loin, mais en s'y attardant on verra nombre de choses uniques.

Si l'art est minutie, alors une série n'est pas une oeuvre puisqu'elle s'étend, elle se dilue dans le temps. Tout ne peut pas être aussi travaillé dans une série que dans un film : il y a plus de temps de fiction produit, pour moins de temps de création. Mais cette idée implique qu'une fresque immense vaut moins qu'un minuscule bijoux travaillé, que le miniaturisme est seul pourvoyeur d'art, ce qui est faux. Il faut savoir voir l'ensemble et non le particulier [ce qui me porte à critiquer l'expression "chaque plan est un tableau" qu'on emploie souvent pour des beaux films].

Si l'art est engagement alors les séries sont, bien plus que les films, des oeuvres majeures d'aujourd'hui. Elles parlent de guerre, de peur, de manipulation, de fossés entre les générations ; chaque épisode d'une bonne série travaille un sujet comme aucun film ne pourrait le faire, elles osent s'opposer aux puissants. Elles ont le temps pour elles, elles ont cette possibilité, ancrée dans leur génèse, de nous montrer des familles évoluer avec le temps, affronter les réalités du quotidien. Le cinéma n'a pas le temps, il doit s'élever au dessus de tout ça.

Dans ce cas l'art serait une façon de s'élever bien au dessus des contingences matérielles, de s'affranchir du médiocre réel ? La vision de la tour d'argent, de l'artiste miraculé, a quelque chose d'élitiste, de malsain. Il est évident que certains artistes sont ainsi, et je suis tout à fait prêt à aimer leurs oeuvres. Que tout l'art soit ainsi me débecte. Il y a au fond autant d'arts que d'oeuvres d'arts, et il y a autant d'oeuvres qu'il y a d'hommes pour les croire telles.

Finalement il est toujours dangereux de vouloir enfermer les choses dans des cases (art, pas-art). J'imagine qu'on procède ainsi pour ne pas avoir à se remettre en question, pour obtenir un monde rassurant qu'on puisse contrôler. Pour moi il est clair que certaines séries sont des oeuvres d'art, des oeuvres qui se jouent sur une longue durée et dont tous les moments ne sont pas forcément éclatants, mais dont la globalité brille autant que les courtes oeuvres cinématographiques.
par Mangelune publié dans : Séries
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Dimanche 21 janvier 2007
Et voilà, une nouvelle édition de Ripostes s'achève, toujours avec le même sentiment d'amertume, cette sensation d'avoir entendu des gens se gargariser de formules et s'engueuler pour au final un grand néant télévisuel.

Le thème de ce soir : les Français, ceux dont les parents ou les grands-parents étaient d'origine étrangère. Et une belle brochette d'invités : Marine LePen, Chevènement, Laguillier, Coppé, une femme du Figaro et un homme du collectif Devoir de mémoire.

Le bilan est simple : LePen veut la préférence nationale et réfute toute accusation de racisme, Coppé veut une immigration choisie, Chevènement est contre l'Europe, Laguillier nous parle des usines, Mme Figaro joue les journalistes et Devoir de mémoires essaie de parler égalité à des personnalité politiques rompues au dialogue qui le renvoient donc systématiquement dans les choux (impossible de prendre en faute Mme LePen visiblement, à moins de venir avec son quota de citations du paternel ; j'espère que les prochains y penseront).

Et chacun, y compris ceux qui y ont participé, de critiquer les actions des gouvernements précédents en se frappant le torse avec honneur. Car il faut du courage, ainsi qu'un sens aigu du devoir pour oser critiquer un gouvernement auquel on a participé. Et de l'abnégation pour faire fi ainsi de la raison, qui demande pourquoi aujourd'hui un tel revirement vis à vis de problèmes anciens qui donc perdurent et qui pourtant étaient déjà criant alors. Comme toujours, celui qui est mouillé dans cette inaction jure aux grands dieux qu'il a changé (en vérité c'est l'opinion publique qui a changé de cible), celui qui n'était pas là crie au scandale et propose encore et toujours ses remèdes magiques (remèdes tenant souvent de l'idéologie mono-phrasée).

Bref ça ne fait pas avancer les choses, ça gueule, on n'en tire rien et eux non plus puisqu'aucun n'écoute réellement l'autre. Je préfèrerais voir des hommes politiques face à de vrais journalistes osant disséquer leurs paradoxes et leurs petits mensonges, des professionnels un peu dépassionnés, un peu plus neutres vis à vis des partis tout en l'étant un peu moins vis à vis du devoir de vérité politique. Ca doit exister, mais ce n'est apparemment pas à la télévision qu'on le trouvera. Au lieu de quoi on a des Arlette Chabot tenant la jambe de Sarkozy et envoyant bouler des témoins, réduisant des réclamations universelles à des demandes individuelles mesquines.
par Mangelune publié dans : Politique
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