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Je m'appelle Vivien Feasson alias Mangelune (mon nom de plume en quelques sortes).

Je suis "métiers du cinéma" de formation. Ca ne veut rien dire et c'est normal, grâce à mes études je ne peux en effet exercer aucun mêtier véritable. Disons que je suis auteur-scénariste-réalisateur en devenir, en attendant le jour où on me fera confiance.

J'aime la fiction sous toutes ses formes, du livre au cinéma en passant par la télévision, et le jeu de rôles.

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Mardi 20 février 2007
Un article sur les bases de la plupart des séries modernes (et quelques anciennes aussi). Les séries se développent suivant deux fondamentaux : la famille et la mission. La famille recouvre l'ensemble des relations entre les personnages, la mission est constituée des objectifs redondants qui s'imposent aux protagonistes. Je ne parlerai pas ici des arcs scénaristiques qui sous-tendent une saison.

Dans les missions, on trouvera : enquêter sur des affaires paranormales (X-Files, Supernatural, Buffy) ; enquêter sur des affaires criminelles (NYPD Blue et toutes les séries policières) ou sauver le monde des terroristes (24h, Alias, Re-Genesis). Plus original, on pourra aussi voir les protagonistes aider les morts à rejoindre l'au-delà (Dead like me) ou organiser leurs funérailles (Six feet under). Une mission est généralement courte (une mission = un épisode) et redondante (une mission voire plusieurs par épisode) ; une longue mission sera en fait soit un arc scénaristique, soit un élément familial (voir ci-dessous).

Dans les familles, on relèvera : la bande de copains (Dawson, Buffy), la famille modèle (Sept à la maison), la famille tordue (les mafieux des Soprano) ou la famille dysfonctionnelle (Six feet under). Autre cas, la famille recomposée pour les besoins de la mission, où des personnages étrangers finissent par créer des liens (Dead like me, Alias, Urgences) ; pour la crédibilité d'un tel procédé, les protagonistes n'ont souvent aucune vie sociale en dehors de leur travail (trop de boulot, une famille aggressive, des parents morts, une héroïne revenue d'entre les morts et coupée de son ancienne famille...)

Chaque composante se voit intégrée de façon plus ou moins importante. On trouvera des séries de mission pures où les liens entre les personnages n'évolueront pas (NY police district, la plupart des road movies comme Kung Fu ou Code Quantum). A l'opposé, il existe des séries uniquement familiales où tout ce qui compte est l'évolution des liens entre les personnages (Sept à la maison, les soap-opera façon Plus belle la vie).

On trouvera néanmoins principalement des séries intégrant ces deux aspects, tout en en privilégiant un. Urgences est une série à mission (les cas médicaux) avec des intermèdes familiaux (les relations au sein de l'hôpital). Six feet under est une série familiale structurée par des missions : à chaque épisode un décès a lieu, et l'organisation des funérailles renvoie les protagonistes à leurs propres problèmes. Même les séries familiales apparemment "pures" cachent souvent des missions en leur sein : chaque épisode voit surgir un problème nouveau qu'il faut résoudre (quelqu'un se drogue, a des problèmes d'argent, etc.). Pour aller plus loin, la plupart des sitcoms sont même de fausses séries de famille et de vraies séries de mission : les personnages n'évoluent pas dans leurs relations, ils ne font qu'exprimer des liens déjà établis au travers de situations problématiques (ils prouvent combien ils s'aiment, combien ils sont égoïstes, bref ils réaffirment continuellement ce qu'ils sont). C'est aussi la spécialité des fictions unitaires françaises de 90' : on vient voir des personnages monolithiques réaffirmer leur identité dans des missions nouvelles.

Les plus brillantes créations ont évidemment intégré les deux composantes principales. Ne pas évoluer prive la série de son atout majeur. Trop évoluer au contraire risque de lui faire perdre en crédibilité. Quelque part, famille et mission ne sont que l'expression d'un lent mouvement continu et d'un perpétuel recommencement énergique. La mission revient et donne une dynamique, la famille reste et en garde les traces.
par Mangelune publié dans : Séries
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Dimanche 18 février 2007
Comme tout le monde il m'est arrivé de pester contre les forces d'opposition, contre leur caractère monolithique et leur absence de nuance. Voir l'extrême gauche se présenter aux présidentielles en aura fait hurler plus d'un sans doute, et leur discours toujours strictement idéologique ne se prête guère à une réalité pleine d'aspérités.

Sauf que... sauf que l'opposition est nécessaire, et même indispensable au bon fonctionnement d'une société. Parce que ceux qui ont le pouvoir l'utiliseront toujours suivant leur propre vision des choses et parce qu'ils ne possèderont jamais la sagesse infuse.

Celui qui a le pouvoir a une avance énorme sur ses adversaires. Pour parvenir à le contrer, il faudra lui opposer une force égale. Cette force, on la trouvera dans la diabolisation, dans la caricature, dans la grève, bref dans des actes débordant d'énergie et destinés à hisser un instant l'opposition au niveau de ses adversaires. Traiter les policiers de connards fascistes est exagéré puisqu'on trouve de tout chez les exécutants de la loi, mais il est nécessaire (désolé pour eux) que certains les caricaturent, parce qu'ils détiennent beaucoup de pouvoir et peuvent en abuser (la loi est un contre-pouvoir, mais il existe des moyens de la contourner sans parler de l'aspect corporatiste qui ressort de l'action des syndicats policiers et des organes de contrôle). L'extrême gauche doit s'opposer à la gauche de manière virulente lorsque celle-ci a le pouvoir, et s'unir à la gauche pour faire barrage à la droite. La violence de la contestation s'oppose à la violence de l'exercice du pouvoir, elle attire l'attention du peuple et fait ainsi pression sur les puissants.

Il y a eu des tentatives d'absorber cette part contestataire au sein du pouvoir (la gauche plurielle par exemple). Belle volonté qui aurait pu consister en une prise de conscience de la faillibilité du dominant, mais qui est très vite devenue une tentative de baillonnage d'une partie des contre pouvoirs (la droite elle-même était alors affaiblie par la cohabitation). Les partis en sont sortis durablement affaiblis, compromis ; les appartenances se sont vues brouillées et le Front National en a profité. L'opposition ne peut devenir un pilier du pouvoir sans mettre en péril l'équilibre fragile de la démocratie. Le centrisme, en alliant gauche et droite, prend un gros risque mais a le mérite de laisser aux extrêmes leur rôle d'opposition (la popularité de Bayrou n'est-elle pas due à une gauchisation du Centre aux yeux des électeurs, contre une droitisation du PS ? En tous cas la droite ne perd pas de voix...). Plus intéressante est la proposition de Royal de donner la présidence de la Cour des Comptes à l'opposition : pas de ralliement ici, mais la mise en avant de l'idée ennemie comme vérité potentielle.

Ce mécanisme a évidemment ses ratées. Une extrême gauche qui critique avec acharnement un PS écarté du pouvoir, et le renvoie dos à dos avec la droite détruit un adversaire qui n'a guère les moyens de se défendre et sert malgré tout la soupe à son plus grand ennemi. Cela ne veut en aucun cas dire que l'extrême gauche ne doive pas se présenter aux présidentielles : elle le fera en effet pour pouvoir gagner de l'influence sur le vainqueur, influence qui sera ensuite mise en jeu dans toutes les actions contestataires ; elle doit juste trouver un meilleur équilibre entre critique du PS et critique de la droite. Refuser tout accord avec le PS pour le second tour est èds lors irresponsable et ne serait justifié que par l'émergence d'un nouveau pôle de gauche contre des socialistes "droitisés", ce qui n'est pas le cas aujourd'hui avec l'échec de la gauche altermondialiste.

Une opposition franche, virulente, même caricaturale est donc indispensable à une société équilibrée. Cela peut freiner son évolution, mais les évolutions trop brusques mènent généralement aux dictatures (il faut pour avancer vite détruire toute opposition). C'est pourquoi il faut s'élever contre toutes les tentatives de musellement de l'opposition, contre les soi-disant humanistes sensibles qui voudraient supprimer la caricature, contre les 49-3 du progrès politique ou contre ceux capables de mesures de représailles sur les journalistes qui les gênent... et tout cela sans oublier un contre-pouvoir pour chaque contre-pouvoir !
par Mangelune publié dans : Politique
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Mercredi 14 février 2007
Juste un petit ajout au texte précédent sur le dogme du travail.

Il est amusant de noter que souvent la menace étrangère sert à justifier des politiques nationales rigoristes : le terrorisme et les mesures de surveillance, la guerre et la confiscation du pouvoir avec la mise en place d'un gouvernement "fort".

On peut aussi constater que tout en étant fustigée par les hommes politiques, la "menace de la mondialisation économique" sert à renforcer la valeur travail. La France ressortirait affaiblie de sa passivité, les 35 heures aggraveraient le tempérament amorphe des citoyens tandis que de l'autre côté des frontières les pays moins gâtés par la richesse se livreraient sans état d'âme au culte de la croissance et du productivisme.

Ces populations prêtes à travailler plus de 50 heures par semaine pour un salaire de misère deviennent alors bien commodes pour condamner les partisans d'une société moins axée sur l'effort. Si les Français veulent dormir, ils seront tôt ou tard balayés par ceux qui veulent travailler, suivant la simple théorie du droit du plus fort. Suivant son point de vue, on parlera de fainéants égoïstes ou de victimes écartées de l'emploi, mais la réalité restera la même : pour survivre, la France doit se mettre au boulot.

Ce n'est plus l'Etat qui le dit, c'est le Monde. Et on ne peut pas lutter contre un monde.
par Mangelune publié dans : Politique
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Mardi 13 février 2007
Ca fait un moment que cette histoire me travaille (ah ah). Depuis quelques années, juste après la fin du grand mouvement sécuritaire en fait, on a vu se réinstaller la notion de valeur travail. Même les émeutes des banlieues, au lieu de relancer la peur dans les médias (sans doute échaudés par les présidentielles de 2002), ont renforcé cette notion (ils manifestent car ils n'ont pas de travail).

Bien sûr, la valeur travail existe depuis des années, des siècles même. Que l'homme travaille pour vivre, parce qu'il n'est pas sur Terre pour s'amuser mais pour mériter le paradis, parce qu'il est un "vrai gens" à opposer aux rentiers pédants, parce que la société ne peut fonctionner qu'ainsi ou pour une autre raison, le travail a toujours été pris en compte. Sauf que... sauf que dans certaines sociétés le travail était une nécessité, et comme souvent ce qui est nécessaire devient futile voire dégradant. Les grecs, les nobles et bien d'autres plaçaient ceux qui ne travaillaient pas au sommet de la hiérarchie, à la différence des chrétiens et des bourgeois.

Aujourd'hui, alors que le progrès technique s'est installé et que le travail de fait est devenu plus rare, on voit disparaître du devant de la scène les oisifs, les rentiers. Travailler, c'est occuper une place dans la société. Cela veut dire que celui qui travaille beaucoup et gagne beaucoup d'argent est heureux, qu'importe l'absence de vie sociale ou de loisirs que cela suppose. Cela veut aussi dire que le travail est une valeur qui se suffit à elle-même, qu'importe le salaire ou les conditions dans lesquelles il est exercé. On plaint dès lors d'avantage le chômeur ou l'employé à mi-temps que celui qui exerce un boulot pénible, usant ou dégradant : les employés des usines sont terrassés par la perte de leur emploi.

L'opposition droite-gauche devient alors moins une opposition bourgeoisie-prolétaires, avec d'un côté l'argent gagné comme idéal et de l'autre des droits sociaux pour les exploités, qu'une opposition heures supp'-partage du travail, avec plus de boulot pour les vaillants contre des emplois pour tous. Evidemment la réalité est un poil plus complexe puisqu'il faut prendre en compte les patrons d'entreprise, entre travail et rente, et les actionnaires qui sont essentiellement des rentiers. Ceci dit aujourd'hui on fustige énormément les actionnaires maléfiques et on met beaucoup en avant les patrons de PME qui mettent la main à la pâte et sont à la fois travailleurs et employeurs. De plus, par une jolie pirouette, on redore le blason du patron par son lien à la création d'emplois, et on oppose le patron-rentier-licencieur au patron-créateur d'emploi- pourvoyeur de bonheur.

Le chômeur lui-même n'a de place que dans le cadre d'une recherche d'emploi et il n'a de raison d'être que dans un état de transition. Il ne peut exister que sous forme jeune en quête d'un premier emploi, adulte en transition entre deux boulots et sénior éjecté prématurément du marché du travail (ce qui fait de l'adulte qui n'a presque jamais travaillé la lie de la société). A force de voir la valeur travail grandir il se voit de plus en plus marginalisé et humilié par sa situation.
Et il est impossible pour les hommes politiques, même d'extrème gauche, de remettre en question cette idée, car ceux qui déjà travaillent sont nombreux, adhèrent totalement à l'idée que le travail rend heureux ou du moins est un mal nécessaire (comment pourraient-ils vivre autrement ?) et donc voient les inactifs comme des parasites ou plus généralement comme des victimes (un point de vue oh combien plus flatteur pour l'égo, car plus "humain").

La valeur travail, c'est donc un choix de société désormais imposé par tous les partis et non un parmi d'autres. La chute des emplois n'a pas conduit à une remise en question de cette notion, mais à son renforcement. Parce que travailler est pénible et parce que désormais le travail n'est plus une question de survie, alors tous se sont entendus pour le glorifier, sinon à quoi bon continuer ? Et puisque nous sommes passés d'une nécessité à l'expression de ce que nous sommes, cela signifie qu'un chômeur n'est plus rien.
par Mangelune publié dans : Politique
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Lundi 12 février 2007
Et quel programme ! Difficile de faire l'impasse sur l'événement, d'autant que je me suis farci l'intégralité du discours sur la chaîne du sénat.

Ce fut dans l'ensemble un discours plutôt rassurant sur les volontés du PS : beaucoup d'aides, des revenus de sécurité pour les jeunes, les chômeurs, ceux qui veulent changer de boulot... Des logements à construire, avec en plus une intervention de l'Etat dans l'achat-réquisition des lieux laissés vides pendant 2 ans. Rien sur les loyers plafonds, on va dire que la lutte contre le foyer rare et cher accélèrera la chute des loyers. Rien sur la destruction des cités non plus.

Plus d'écoles, de nouveaux professeurs de soutien. Un truc qui a fait bondir mon amie, la création d'un emploi de surveillant-encadreur, sorte d'hybride entre le CPE (son boulot à elle), le pion, le prof d'EPS, et dont on ne retrouve pas trâce dans le programme électronique du PS. Sinon le reste, bien qu'attendu, demeure valable.

Pour l'économie, Royal veut favoriser les PME, discuter avec l'Europe sur une nouvelle économie plus juste et lutter contre la concurrence déloyale en imposant du social partout dans le monde.

J'ai pu voir un ministre de droite dire que le SMIC à 1500 euros c'était fantaisiste quand tous ses collègues disaient eux que Royal ne faisait qu'ânoner une augmentation automatique des salaires. Je les ai vu aussi dire, tout en répétant combien le débat devait être respectueux, que ce discours n'avait pas de logique. C'est une remarque d'une bêtise confondante, puisque l'ensemble des mesures proposées se tient : on est dans l'Etat protecteur, l'Etat-maman pourrait-on dire qui aime tous ses enfants (et ils n'ont pas le choix).

Le seule vrai reproche qui ressort, c'est que toutes ces mesures auront un coût (et un temps de mise en place mais bon...) qui n'est abordé ni dans le discours, ni (et c'est plus grave) dans le programme électronique.
Et c'est là où on peut se poser la question des limites de telles promesses : si rendre le monde plus juste est possible juste en le disant, si interdire la guerre dans le monde est possible à condition de fermer les yeux et de le penser très fort, si la mort ne doit plus être tolérée à l'aube du 21ème siècle, je ne voudrais pas être à la place des dirigeants précédents qui n'ont pas eu la présence d'esprit de le faire !

PS : pendant ce temps, Sarkozy solutionnait les retraites en évoquant l'euthanasie...
par Mangelune publié dans : Politique
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