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Je m'appelle Vivien Feasson alias Mangelune (mon nom de plume en quelques sortes).

Je suis "métiers du cinéma" de formation. Ca ne veut rien dire et c'est normal, grâce à mes études je ne peux en effet exercer aucun mêtier véritable. Disons que je suis auteur-scénariste-réalisateur en devenir, en attendant le jour où on me fera confiance.

J'aime la fiction sous toutes ses formes, du livre au cinéma en passant par la télévision, et le jeu de rôles.

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Lundi 26 novembre 2007
Bon temps pour la fantasy. Après le très intéressant 13ème guerrier, le célèbre Seigneur des Anneaux, l'iconographique 300, voici Beowulf. Ou comment ramener la fantasy à un peu de barbarie salutaire.

Tout avait pourtant mal commencé. J'ai d'abord trouvé le moyen d'aller le voir en VF (quelle honte). De plus les premières images m'ont immédiatement ramené à... Shrek ! Eh oui les personnages sur lesquels ont été plaquées les images de synthèses ont un arrière goût qui n'est pas sans rappeler le dessin animé ! Les visages sont étranges, les mouvements irréels, l'hydromel qu'ils ingurgitent semble glisser le long de leur peau... Quelle horreur !

Je commence donc à couiner lorsque soudain apparaît un morceau du monstre. Et c'est là que tout a commencé. Parce qu'en dépit des limites de la technologie chère au réalisateur Zemeckis ses monstres et l'attaque de la grande salle (empruntant au film d'horreur) sont extrèmement beaux. La violence fait partie du film, d'un bout à l'autre et les combats sont d'une sauvagerie incroyable. J'ai encore en mémoire la vengeance de la Mère, Beowulf se tranchant le bras, la cavalcade à dos de dragon... le tout sur fond de tambours venus accompagner la bataille et  ramener le spectateur à ses racines primitives.

Pourtant Beowulf ce n'est pas que cette boucherie bienvenue, c'est également un scénario solide. Là où le 13ème guerrier était bancal, là où le Seigneur des Anneaux traînait en longueur et là où 300 s'offrait inutilement de longues scènes d'une mièvrerie désolante, on n'a ici que ce que l'histoire exige, l'histoire d'un homme qui commet une faute et bâtit sa légende sur un mensonge, l'histoire d'une rédemption par le sacrifice et la gloire. Les dialogues (en français, la VF est de qualité, même la transposition du vieil anglais sonne juste) sont toujours dans le ton, les chansons semblent authentiques, bref on a le sentiment d'être transporté dans une autre époque et de côtoyer des héros. De plus aucun sacrifice n'est fait au politiquement correct, les guerriers ne pensent qu'à baiser et à se battre, les orgies sont dantesques et ce qui ne peut être montré est bien assez suggéré. Le scénario qui ne tombe à aucun moment dans la facilité ou le manichéisme (le traître n'est pas celui qu'on croit, et les monstres connaissent la tristesse plus que les humains).

Quelques bémols ? Allez, les talons aiguilles démoniaques d'Angelina Jolie et la technologie parfois aléatoire, notamment sur les visages (le héros a parfois une véritable tête d'abruti).
par Mangelune publié dans : Cinéma
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Lundi 22 octobre 2007
Il est des films dont on sent le besoin de se libérer une fois la séance finie, leur esprit s'attardant encore quelques minutes sur nos sens, colorant le monde.

L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford est de ceux-là. Un film envoûtant, par son retrait vis à vis des personnages, qu'il n'explique pas et pourtant excuse ; par ces interludes rêveurs faits de nuages sous une musique superbement mélancolique ; par son message enfin qui sans juger apporte néanmoins une vision de la vie de Jesse James et de son assassin.

Tout est superbe dans ce film. Les acteurs, subtils, les images, complexes, les sons, entre bande originale nostalgiques et sons étouffés appartenant déjà au souvenir. Et les vues esquissées de lieux appartenant à la mémoire.

Le critique se doit néanmoins à l'honnêteté : le film souffre d'une structure un peu lâche, alors qu'on s'attarde parfois sur James, parfois sur Ford, sans réellement choisir un point de vue qui eut peut-être permis de ne pas faire un film aussi long. L'ensemble est si ensorcellant que deux heures seraient passées comme un souffle.
par Mangelune publié dans : Cinéma
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Lundi 28 mai 2007
Eh oui je suis allé voir Pirates des Caraïbes 3, après avoir modérément apprécié le 1 et beaucoup aimé le 2.

Force est de reconnaître que ce troisième volet transcende quelque part son prédécesseur : le scénario est mieux ficelé, on sent presque une trame reliant le tout, sans constater de trop grosses baisses de rythme, et avec des personnages toujours aussi marquants.

Issue d'une attraction Disney, on se trouve face à une gigantesque attraction composée de scénettes virtuoses, et on ne boude pas son plaisir. Hardi donc, voilà les pirates de retour sur nos écrans. Jack Sparrow, Davy Jones et compagnie vont sous nos yeux de grands enfants s'affronter, se trahir, vivre l'amour et l'aventure, ferrailler et jurer.

La grande histoire multiplie les invraisemblances, mais tout est si bien mené et les personnages tellement bien campés qu'on se laisse bien volontier porter. On aura beau jeu de bouder une grosse production à succès, une origine mercantile, une musique sans grâce, un Orlando Bloom falot (mais les rôles qu'on lui confie ne sont-ils pas essentiellement responsables ?) ; reste ce grand chaos déculpabilisé, ce film d'aventure comme on n'en voyait plus. Pirates des Caraïbes 3, c'est la grande décadence du scénario, autrefois pièce unie et réfléchie, c'est un patchwork d'idées mises bout à bout, une oeuvre aussi rapiécée et hétéroclite que nos pirates sans foi ni loi, à l'honneur paradoxalement tordu et vital.

Har' !
par Mangelune publié dans : Cinéma
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Lundi 23 avril 2007
Les effets spéciaux avancent, c'est un fait. Il existe désormais de plus en plus de films recréant totalement l'environnement des personnages (Le Seigneur des Anneaux, Captain Sky and the Day of Tomorrow...) voire recréant totalement la trame même de l'image (Sin City, A Scanner Darkly...). Le point commun de ces films ? Ils sont généralement considérés au mieux comme des oeuvres tournant un peu sur elles-mêmes et ne concernant pas la réalité, au pire comme des divertissements crétins.

Parallèlement, sont considérés comme art et essai des films dont la forme est souvent accessoire. Combien de fois ais-je lu dans Télérama ce criminel encensement : "servi par une mise en scène effacée" ? Comme si un propos mature ne pouvait être embelli que par une réalisation effacée, donc inexistante ? Comme si le cinéma au fond ce n'était que cela, un scénario aimablement rendu "réel" par une caméra aimable et discrète ?

Souvenons-nous des chef d'oeuvres du muet, de Murnau et de ses expérimentations fulgurantes, du Docteur Caligari et de ses décors entièrement factices et déments, de la Nuit du Chasseur et de ses ombres expressives, des films noirs au nom évocateur, du technicolor, des westerns aux compositions travaillées de Ford à Leone, du cinéma d'horreur italien tellement baroque  ? Même Godard a travaillé sa mise en scène de façon expressive et expérimentale, sans parler de Bergman, Welles ou Lynch. Et on voudrait me faire croire que l'essence du cinéma se résume au Mari de la Coiffeuse et à tous ces films aux fausses couleurs naturelles sensés représenter les vrais gens dans leur vraie vie comme dans un mauvais discours populiste ?

Nombre de films américains ont su utiliser la force expressive du cinéma, mais ce faisant ont oublié le fond et le propos qui allaient derrière. A trop multiplier les mêmes histoires-recettes ils ont figé leur forme dans un conservatisme efficace mais banal, tandis qu'outre Atlantique on portait aux nues le minimalisme confortable. Dès lors, l'expérimentation est devenue synonyme d'ennui. L'expressivité est désormais considérée comme l'apanage des gros sabots yankees-bessonniens si bien que toute tentative esthétique de rendu non réaliste (voir les films cités ci-dessus) est perçue par les critiques comme un enfantillage débile.

Il me suffit de jeter un oeil à la nouvelle bande-dessinée en France pour y voir infiniment plus de recherche que dans le cinéma contemporain, une recherche tant esthétique que dramatique ou philosophique. On a beaucoup vanté l'Art-cinéma, réunion de tous les autres (danse, dramaturgie, photographie et j'en passe) : cela ne signifie pas qu'il possède naturellement plus d'expressivité que les autres, mais au contraire qu'ayant plus de potentialité il est bien plus difficile de le maîtriser. Ainsi, la plupart des amateurs qui s'y commettent n'en expriment finalement qu'une ou deux facettes, et "l'art et essai" se trouve toujours plus proche de la sociologie ou de la psychologie que des deux mots qui forment sa distinction.

Je souhaite de mes voeux l'avènement d'un cinéma intelligent et expressif, où se mêlent contes et réalisme, où la poésie surgit du concret, où le fantastique est un voile esthétique sur une thématique sociale, bref pas un cinéma d'évasion ni un cinéma pesamment social, un cinéma artistique bon sang, qui allie de nouveau fond et forme au lieu de les opposer !
par Mangelune publié dans : Cinéma
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Lundi 2 avril 2007

Je suis allé voir 300, persuadé d'aller me tapper un horrible film fasciste avec des batailles au mieux regardable. Et finalement 300 ne parle pas de l'invasion américaine de l'Irak comme certains critiques l'ont dit. Ce n'est même pas le point de vue inverse, celui des envahis. C'est un film sur la démesure. Pas d'affaires de religion ici, le seul dieu est un homme qui croit pouvoir dominer le monde, tandis que son adversaire le roi Léonidas s'oppose lui aux prophètes de son peuple.

Tout l'intérêt de ce film repose sur les affrontements et les icones guerriers, grâce aux décors synthétiques grandioses, aux couleurs artificielles empruntant à l'acier et au bronze et surtout aux ralentis, insérés entre deux accélérations, qui crééent moins un effet de dynamique qu'une succession d'images fixes comme finalement une véritable bande dessinée (puisque l'origine du film vient de là). Comme dans Sin City auparavant, le langage des images fixes s'invite une nouvelle fois au cinéma, et le mouvement compte moins en lui-même que pour les passages quasi-figés qu'il souligne.

On a donc de la force, de la violence, de la démesure, des poses poussées à l'extrême, des corps huilés et tendus, du sang et des membres volant au travers de l'écran. Ca en jette pas mal. On pourrait croire que l'ennemi est stéréotypé, caricatural mais non. Sauf exception de la poignée de messagers et du dieu effeminé (et pas si ridicule finalement), les hordes ennemies ne sont pas mauvaises, malsaines ou perverses : elles sont anonymes, destinées au final à finir en chair à boucherie ; leurs flèches sont légions et obscurcissent le ciel ; leurs bateaux éclipsent la mer.

Ce n'est pourtant pas un film exempt de défauts. L'histoire d'amour n'a strictement rien à faire là : le roi a une femme qu'il aime, qui est belle et brave, il la laisse même parler en son nom et le conseil l'écoute, merveilleux exemple d'égalité hommes-femmes dans l'antiquité, totalement invraisemblable donc et placée là uniquement pour séduire le public féminin ; la pondérance qui régit cette sous-histoire est complètement hors de propos puisque nous sommes là pour voir une monumentale boucherie héroïque. Sans parler des blés blonds façon Gladiator (et les choeurs féminins piqués à ce film qui devient donc la référence esthétique des peplums modernes, sic)... On ne verra évidemment pas non plus les esclaves entretenir ces champs, Spartes ne devant montrer que le visage de la liberté, mot asséné trop souvent pour ne pas cacher une idéologie limite. Quelle niaiserie de toutes façons de nous répéter que Spartes est belle, juste et ses enfants heureux et fiers : les 300 ne triomphent pas parce qu'ils défendent un idéal de beauté mais un idéal de brutalité et d'obéissance. Toute cette imagerie pour gogos relève donc de la malhonnêteté intellectuelle.
Pour finir, je pourrais parler de l'aspect "ce qui est laid/tordu est méchant", mais bon ce sont des poncifs qui tiennent au genre héroïque et qui finalement ne me gênent pas.

L'intérêt de 300 tient en conclusion en ce qu'il est une catharsis. Comme Aristote le voyait pour le théâtre, le cinéma sert ici à nous vider de nos envies de puissances, de force, de brutalité iconographique, à l'aide d'un montage qui prévilégie l'arrêt au mouvement, et donc la pose au réalisme.
par Mangelune publié dans : Cinéma
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