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Bienvenue sur mon blog

Je m'appelle Vivien Feasson alias Mangelune (mon nom de plume en quelques sortes).

Je suis "métiers du cinéma" de formation. Ca ne veut rien dire et c'est normal, grâce à mes études je ne peux en effet exercer aucun mêtier véritable. Disons que je suis auteur-scénariste-réalisateur en devenir, en attendant le jour où on me fera confiance.

J'aime la fiction sous toutes ses formes, du livre au cinéma en passant par la télévision, et le jeu de rôles.

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Vendredi 15 juin 2007
Qu'est-ce qu'un bon dialogue ? Si on regarde le chapitre sur les fonctions, un bon dialogue a un ou plusieurs buts : faire avancer l'histoire, donner des informations, caractériser les personnages, apporter des émotions. Il existe néanmoins un autre point essentiel : un bon dialogue doit contenir du sous-texte.

Le sous-texte est la partie immergée de l'iceberg, ce que le personnage ne dit pas mais qu'on peut essayer de deviner. Le sous-texte ce n'est pas ce que le personnage pense et qui ne transparaît en rien dans ce qu'il dit. Si je vous dis brusquement "j'aime le pain" vous ne saurez jamais qu'en fait je pense que les conflits dans le monde m'inquiètent, par contre vous pourrez vous dire qu'en fait je me fous de votre gueule avec ma phrase absurde. Voilà du sous-texte.

Tout le monde ment. Personne ne dit ce qu'il pense vraiment, c'est bien trop dangereux.  Consciemment ou non, les mots que nous prononçons ont un but / une raison, et c'est cela le sous-texte. Le dragueur qui parle de sa passion pour les poètes romantiques ne pense pas aux poètes, il pense à l'effet que cela aura sur sa future conquête. S'il lui dit "j'ai envie de baiser", la fille fuira. Le gamin qui dit à sa mère qu'il aime les bonbons ne veut pas que celle-ci le connaisse mieux mais qu'elle lui en offre. S'il ne dit pas "achète moi un bonbon" c'est parce qu'il préfère que ce soit elle qui le lui propose, pour ne pas passer pour un gosse capricieux et risquer de perdre son amour.

Tout est une question de psychologie. Nous n'aimons pas nous mettre en danger vis à vis de l'autre. Nous n'aimons pas passer pour le méchant. Nous n'aimons pas non plus faire du mal (exemples célèbres : "tu sais je te vois plus comme un ami" ou "ce n'est pas toi, c'est moi"). Nous pouvons même projeter sur l'autres nos pensées honteuses ("tu ne m'aimes pas autant qu'avant") pour ne pas les assumer. Ajoutons à cela le fait que la cible du discours peut le comprendre de travers ("mais pourquoi tu ne m'as pas dit clairement que tu voulais faire l'amour ?").

Pour composer un bon dialogue, il est donc nécessaire de savoir ce que chaque personnage veut et de bien comprendre sa façon de voir les choses pour envisager ses réactions et son angle d'approche. Il faut ensuite s'efforcer de ne pas lui faire dire directement ce qu'il pense, mais de le faire deviner par celui avec qui il converse et le spectateur. Une longue conversation est très difficile à mener car les objectifs des personnages varient au fur et à mesure de la discussion en fonction de ce que l'autre dit et de la façon dont ils le comprennent.

Une tactique consiste donc à écrire un dialogue au départ uniquement sous forme de sous texte ("il essaie de la faire culpabiliser", "elle fait semblant d'être intéressée") pour ensuite le réécrire sous sa vraie forme.
par Mangelune publié dans : Techniques de scénario
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Vendredi 15 juin 2007
Qu'est-ce qu'un bon dialogue ? On peut dire qu'un dialogue sert à :

- Définir les personnages : personne ne parle de la même façon, n'emploie les mêmes expressions, n'a les mêmes convictions. Les personnages ne se différencient pas seulement par leur physique mais aussi par ce qu'ils disent et la façon dont ils le disent.

- Apporter des informations / faire avancer l'histoire : les deux sont liés dans le meilleur des cas.
  Un dialogue peut se contenter de donner des informations : ça donne souvent des phrases assez plates, comme "au fait tu te souviens qu'on a un anniversaire samedi ?" ou le fameux "vous voulez parler du fameux livre mythique qui est sensé indiquer l'emplacement d'un trésor ?" (entendu dans RIS). 
  Un dialogue peut aussi faire simplement avancer l'histoire : nous savons pourquoi le personnage agit et pourquoi l'autre réagit comme ils le font. Exemple : un personnage prend un rendez-vous. C'est généralement assez plat puisque nous n'apprenons rien de nouveau, mais parfois nécessaire.
  Le meilleur advient lorsque nous apprenons quelque chose et que cette information fait avancer l'histoire, bouleverse les plans du personnage et nous laisse dans l'attente de ce qu'il va faire ensuite. On apprend que tel personnage était là le soir du meurtre, que telle femme n'aime plus le héros, que le patron l'a convoqué pour le virer.

- Donner un point de vue : c'est un aspect risqué du dialogue, et pourtant tellement tentant. Le personnage se met à parler de sa haine de la peine de mort, de son amour pour la paix dans le monde, ce genre de choses. Ce n'est bien mené que lorsque le dialogue met bien en évidence le fait que ce point de vue a ses lacunes, ses illusions, bref qu'il a été intériorisé par le personnage et n'est pas la manifestation du savoir omniscient du scénariste. Il est aussi très important d'intégrer ce discours à l'histoire et de ne pas le faire tomber du ciel. Le protagoniste peut aussi réagir et s'opposer à une vision trop monolithique ; après tout, les monologues n'ont pas vraiment leur place dans un film ou une série.

- Apporter une touche dramatique (au sens large) : le grand discours du tueur qui fait froid dans le dos, le trait d'humour qui n'a d'autre but que de faire peur, rire, pleurer, etc. Le but du dialogue est ici de provoquer une réaction du spectateur. C'est encore une fois bien meilleur quand c'est intégré à l'avancée de l'histoire mais dans des cas comme celui des sitcoms (au vu du nombre de gags qu'il faut caser) quelques écarts sont inévitables (l'humour est le plus touché par l'idée de gratuité).
par Mangelune publié dans : Techniques de scénario
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Mercredi 13 juin 2007
Buffy the vampire slayer est une série mettant en scène des adolescents légèrement marginaux confrontés à des monstres qui sont autant de métaphores du passage à l'âge adulte. Une fois qu'on a dit cela, on peut s'intéresser à un autre aspect essentiel de cette série : le langage. Les séries américaines ont souvent une assez grande affinité avec la langue, contrairement aux séries françaises qui se montrent beaucoup plus ampoulées (Kaamelott mis à part), mais Buffy, par le biais de l'influence de son créateur Joss Whedon, va beaucoup plus loin dans ce registre.

Le langage comme jeu

Ce qui est appelé "Buffslang" en Amérique n'est ni plus ni moins que la langue anglaise maltraitée par la série. Néologismes et barbarismes sont en effet monnaie courante et créent en quelques sortes une forme d'argot propre au "Buffyvers" (l'univers de Buffy). Quel intérêt me demanderez vous ? Le plaisir qu'on peut ressentir à torturer les mots, le symbole du conflit générationnel, la'expression de la maladresse de jeunes personnes, le reflet des angoisses que l'on peut ressentir face à des mots incapables de répondre à des sentiments chaotiques... Certains trouveront cela puéril, d'autres constateront que ce procédé se poursuivit tout au long des sept saisons, portant l'anecdotique du procédé au rang de style particulier.

Le langage comme métaphore

Comme pour les monstres en fait ? Eh bien oui. Les personnages de Buffy bredouillent, se trompent continuellement. Jamais série n'aura autant pratiqué le lapsus, le quiproquo, l'amphibologie. Les mots semblent échapper au contrôle de leurs prononciateurs et révèlent bien malgré eux leurs pulsions (le fond est bien souvent sexuel évidemment). On parle en scénario de sous-texte : ce qui est dit n'est que la partie émergée de l'iceberg, au spectateur d'en deviner le sens caché. Ici le sous-texte déborde littéralement, transperse le langage maîtrisé. Comme si, finalement, le fait de parler d'individus marginaux, peu habitués à communiquer, permettait de montrer le peu de contrôle qu'ils ont sur eux-mêmes et sur leur place dans la société. Il est frappant de constater que le seul vrai personnage populaire du groupe, Cordelia Chase, parle sans heurts et laisse souvent ses pensées se déverser sans retenue, incapable de juger de ce qu'il est bon de garder pour soi.

Le langage comme mensonge

Arrivés là, on comprend que les personnages s'efforcent de cacher quelque chose. Comme dans toute bonne série en effet, en dépit du degré d'amitié qui les unit, les protagonistes se mentent. Ils ne dévoilent pas tout ce qu'ils savent, ils craignent de blesser et d'être blessés, ils laissent leurs histoires amoureuses dériver sans oser l'affronter.

C'est là qu'arrivent quelques coups de génie : les épisodes sur le langage que sont Hush, Once more with feelings et dans une moindre mesure le plus mineur Storyteller, soit respectivement l'épisode muet, l'épisode musical et l'épisode narré. Whedon a eu l'idée de génie de confronter ses personnages à des situations où ils ne maîtrisent plus du tout ce qu'ils disent et d'en faire non un simple amusement mais un bouleversement radical de la vie des héros. Dans Hush Buffy et Riley découvrent leurs identités secrètes, se voient forcés d'exprimer tout ce à quoi ils pensent par mime avant de se retrouver incapables de converser une fois le sort rompu. Dans Once more with feelings, un démon de la danse force les personnages à réveler ce qu'ils cachent à leurs amis dans des chorégraphies endiablées (ah ah). Enfin dans Storyteller, Andrew (un assassin vivant dans le déni) s'efforce de réaliser une vidéo-témoignage de sa vie de héros avant d'être violemment confronté à ses mensonges.

Conclusion
Il n'est pas surprenant de voir le désastre de la VF de Buffy.  C'est juste désolant dans la mesure où les traducteurs n'ont pas fait l'effort de rendre toutes les torsions et coups qu'infligent les personnages à la langue. Si tout cela constitue un des ressorts humoristiques principaux de la série, ce n'est pas pour autant gratuit mais participe à la profondeur de l'oeuvre. En conclusion je conseillerai donc à tous ceux qui veulent aborder la création de Joss Whedon de le faire dans les formes, à partir de la VO.
par Mangelune publié dans : Séries
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Jeudi 7 juin 2007
Cela n'amuse peut être que moi mais j'ai été récemment frappé par les points communs entre ces deux approches majeures de la psychanalyse et l'opposition entre série et cinéma (en simplifiant un peu) :

L'oeuvre de Freud se base sur la recherche de névroses, de zones d'ombre inconscientes qui encombrent l'esprit et nuisent à l'accomplissement. Pour pouvoir prétendre à la complétude, il faut identifier ces problèmes, les exposer et ainsi s'en débarrasser.
Un personnage de film est une personne avec un désir particulier, conscient ou inconscient, qu'il va s'efforcer de satisfaire en dépit de tous les obstacles. A la fin, soit il y parvient et obtient ce qu'il voulait, soit il échoue et le perd à jamais.

Pour Jung, l'homme possède également une part d'ombre  mais il ne peut s'en débarrasser. Au contraire, pour pouvoir vivre pleinement il doit non seulement la découvrir, mais apprendre à vivre en bonne entente avec elle, l'accepter pour mieux la contrôler. De plus, cette recherche de soi n'aboutit jamais vraiment car l'esprit humain est en perpétuelle évolution.
Dans les séries, le grand nombre d'épisodes et le besoin de fidéliser le public conduisent les scénaristes à créer des problèmes récurrents ou à recycler de vieux démons. Les problèmes psychologiques entre autres sont maîtrisés jusqu'à ce qu'un boulerversement les fasse ressurgir, à moins que leur disparition ne donne lieu à de nouveaux obstacles.

Un exemple simple : un homme désire une femme. Dans un film, il va lutter pour obtenir son amour et finir par triompher ou échouer. Dans une série, il va tout d'abord y parvenir, puis essayer de construire quelque chose avec elle avant de voir son couple péricliter et peut-être même concevoir du désir pour une autre, et ainsi de suite. Il faut perpétuellement se remettre en question, avancer, revivre de vieilles histoires, etc.

Tout cela pour dire que le cinéma est bien plus lié à Freud, ce qui lui permet de créer l'illusion d'un monde simple et fini, où le bonheur et le malheur existent en tant que tels (offrant au spectateur une vraie catharsis). La série, étant liée à Jung, est une représentation plus fidèle de la réalité et lorgne du côté de la sociologie, ne permettant pas une expérience aussi pure que celle du cinéma mais s'approchant bien plus de la vérité en quelques sortes.
par Mangelune publié dans : Séries
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Lundi 28 mai 2007
Eh oui je suis allé voir Pirates des Caraïbes 3, après avoir modérément apprécié le 1 et beaucoup aimé le 2.

Force est de reconnaître que ce troisième volet transcende quelque part son prédécesseur : le scénario est mieux ficelé, on sent presque une trame reliant le tout, sans constater de trop grosses baisses de rythme, et avec des personnages toujours aussi marquants.

Issue d'une attraction Disney, on se trouve face à une gigantesque attraction composée de scénettes virtuoses, et on ne boude pas son plaisir. Hardi donc, voilà les pirates de retour sur nos écrans. Jack Sparrow, Davy Jones et compagnie vont sous nos yeux de grands enfants s'affronter, se trahir, vivre l'amour et l'aventure, ferrailler et jurer.

La grande histoire multiplie les invraisemblances, mais tout est si bien mené et les personnages tellement bien campés qu'on se laisse bien volontier porter. On aura beau jeu de bouder une grosse production à succès, une origine mercantile, une musique sans grâce, un Orlando Bloom falot (mais les rôles qu'on lui confie ne sont-ils pas essentiellement responsables ?) ; reste ce grand chaos déculpabilisé, ce film d'aventure comme on n'en voyait plus. Pirates des Caraïbes 3, c'est la grande décadence du scénario, autrefois pièce unie et réfléchie, c'est un patchwork d'idées mises bout à bout, une oeuvre aussi rapiécée et hétéroclite que nos pirates sans foi ni loi, à l'honneur paradoxalement tordu et vital.

Har' !
par Mangelune publié dans : Cinéma
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