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Je m'appelle Vivien Feasson alias Mangelune (mon nom de plume en quelques sortes).

Je suis "métiers du cinéma" de formation. Ca ne veut rien dire et c'est normal, grâce à mes études je ne peux en effet exercer aucun mêtier véritable. Disons que je suis auteur-scénariste-réalisateur en devenir, en attendant le jour où on me fera confiance.

J'aime la fiction sous toutes ses formes, du livre au cinéma en passant par la télévision, et le jeu de rôles.

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Mercredi 9 mai 2007

Après un séminaire de deux jours à découvrir que pour travailler pour la télévision française il faut vraisemblablement proposer des pitchs (des idées de scénario) aux productions, j'en suis venu à la conclusion logique qu'il allait encore falloir me forcer.

Un peu plus tard donc, soirée polar sur France 2, avec PJ suivi d'Avocats et Associés. Ayant déjà vu PJ je n'ai guère été surpris : les acteurs sont toujours aussi remplaçables, l'histoire correcte sans plus mais surtout, surtout des dialogues toujours d'une nullité affligeante (ça me rappelle R.I.S. tiens). Tout le monde parle avec une espèce de langage châtié (ce qui fait merveille dans un commissariat de quartier). Ici, on parle tous de la même façon, quels que soit son interlocuteur ou son humeur.

Puis vient Avocats et Associés et là, surprise : les acteurs sont assez bons, les dialogues variés (on retrouve le langage de PJ mais uniquement dans la bouche de personnages vraisemblablement maniérés ce qui passe très bien), bref tout ce qui habituellement me fait fuir la fiction française est ici résolu ! On a même de l'humour, je me prends à sourire, et des effets de mise en scène simples et efficaces. Incroyable.

Arrive alors la giffle, LE sujet important du feuilleton : un jeune homme est tué, vraisemblablement parce qu'il était juif, son avocate découvre alors qu'elle a des racines juives et qu'elle doit donc défendre paradoxalement un antisémite. On a donc droit au cour de l'épisode à la comparaison entre l'avocat qui défend un homme et le conducteur de train de la Shoah, à l'idée que l'homosexualité comme le judaisme ne se choisit pas, à une femme de 30 ans qui découvre comme une enfant que si sa grand-mère maternelle est juive, elle l'est aussi, et finalement à l'acceptation passive et entière de toutes les règles de la religion.
Aucune subtilité, aucun parti pris autre que le rejet de l'antisémitisme (heureusement que la fiction est là), aucun courage, juste un chapelet de banalités qui en voulant être consensuel finit par devenir très limite (aucun recul vis à vis du sujet et des défauts de la religion).

Je jetterai un oeil aux prochains épisodes de la série néanmoins, en raison de sa qualité et en pardonnant cet écart, les autres thèmes ayant été traité de façon plutôt juste (le harcèlement sexuel notamment).
par Mangelune publié dans : Séries
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Lundi 5 mars 2007
Drôle d'épisode que The Body, où Buffy l'héroïne tueuse de vampires découvre le corps sans vie de sa mère. Les morts précédentes de plusieurs personnages importants n'avaient en aucune façon préparées le spectateur à cela ; le décès de Jenny Calendar et d'Angel avaient été gérés de manière traditionnelle (ce qui signifie très hollywoodienne, facture honnête, musique tire-larmes & co).

Le titre original (et non celui français Orphelines) résume à lui tout seul le propos (propos particulièrement bien mis en avant dans le commentaire audio du créateur de la série et auteur de l'épisode, Joss Whedon) : montrer l'aspect physique de la mort, du cadavre immobile aux sensations des proches. Une façon de rappeler que le fantastique n'est pas forcément histoire de rêveries et de fantasmes mais au contraire mise en avant codifiée du corps et des fluides (le cinéma gore en est la démonstration extrème), souvent rejetée au profit d'oeuvres désincarnées et sophistiquées.

Retour donc à une forme d'incarnation des personnages par le biais de nombreux plans séquences dans des décors reliés entre eux, par l'utilisation de caméras à l'épaule tant pour exposer l'état mental des protagonistes que pour rassembler le filmant et le filmé dans une même réalité (on jurerait être sur place, dans un univers réaliste). La lumière se fait plus crue, les plans sont plus longs tandis que les actions elles-mêmes s'étirent autant que possible. Le scénario s'attarde sur des détails sans importance comme le font les personnages essayant désespérément de se raccrocher à quelque chose.

Le physique s'exprime également de façon sordide, par les plans récurrents sur le cadavre de Joyce Summers, Buffy qui lui casse une côte en essayant de la ranimer, qui vomit sur le tapis et contemple le papier absorber lentement la tâche ; par le vampire qui apparait dans la morgue, nu, avec ces os tatoués sur un corps noueux, le corps à corps qui s'en suit et la mise à mort violente. Et surtout par cette fin où Dawn approche lentement la main pour toucher le visage de sa mère, pour donner une réalité à cette mort, interrompue par le générique comme pour montrer que rien ne saurait résoudre, expliquer ce qui s'est passé dans leurs vies.

Courts et longs métrages, même dotés d'une fin ouverte, ont ceci en commun qu'ils nous offrent des expériences finies dans le temps et nous donnent l'illusion que l'accomplissement est une réalité. Les séries nous rappellent que rien n'est jamais achevé et que l'être humain doit toujours se retravailler : la vie préexiste à la mort d'un proche, la vie perdure au délà du drame. Replacer la mort dans un tel contexte permet de s'affranchir d'une vision moderne où la mort est l'ensemble et non la partie du tout qu'est l'existence. Les épisodes précédents n'ont pas pour seule fonction de servir de souvenirs, les épisodes suivants n'ont pas pour seul objectif de nous montrer le deuil, car les personnages doivent se reprendre en main et avancer, sans pour autant renier ce qui s'est passé.
par Mangelune publié dans : Séries
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Mardi 20 février 2007
Deuxième article sur les bases des séries. Ici nous parlerons du lieu récurrent que j'appellerai la Maison.

Cette notion exclut toutes les séries de type "road movie" comme Kung Fu, Le Fugitif ou Code Quantum. Ce terme devrait d'ailleurs être remplacé par séries sur l'errance : un (rarement plusieurs) protagoniste va de lieu en lieu (ou d'époque en époque) ; chaque épisode montre un nouveau microcosme avec ses propres tensions, sa propre problématique, notre héros devant dès lors dénouer quelques fils dramatiques avant de pouvoir repartir. Les meilleures séries sur l'errance nous permettent de voir toutes les facettes du personnage principal au fil d'une multitude de situations, mais ne développent pas de liens sur la durée. Par essence, le protagoniste s'offre à nous mais ne change pas, il change les autres mais n'évolue pas.

Dans toutes les autres séries, il y a une Maison, un lieu fixe qui sert de foyer ou de QG aux différents personnages. Ce peut être le domicile familial (Sept à la maison), les bureaux du FBI (X-Files), la bibliothèque (Buffy), l'entreprise ou le domicile-entreprise (Six Feet Under), le bar-restaurant (Dead Like Me), bref un lieu où les personnages pourront se croiser, discuter, étoffer leurs relations, préparer leur mission, etc.

A la différence de l'errance, la série sédentarisée peut se permettre la présence de plusieurs personnages et donc multiplier les possibilités relationnelles. Si le groupe appartient à la même famille, la Maison sera généralement le domicile conjugal. S'il est lié à un job précis, le lieu de travail sera utilisé. L'école sera parfaite pour une bande d'adolescents. Ceux exerçant un boulot plus décalé auront pour Maison un lieu convivial comme un café. L'idée est de trouver le lieu qui réunit tous les protagonistes, un lieu suffisamment ouvert pour leur permettre de s'y rencontrer indépendamment des autres quand ils le souhaitent.

Un cas particulier se révèle particulièrement intéressant, celui du vaisseau spatial. Seul lieu crédible permettant d'héberger une famille entière tout en étant mobile, il permet de moderniser la série sur l'errance en rendant possible les relations sur le long terme. Véritable roulotte géante, le vaisseau spatial est idéal pour explorer des sociétés variées et des situations très particulières sans s'y enfermer. La SF devient dès lors le biais idéal pour traiter du voyage.

Une fois la Maison définie, on trouvera un certain nombre de lieux annexes et périphériques liés souvent à un personnage particulier (son domicile, son travail) ou à des thèmes/ambiances bien définis (le cimetière, l'église). Ces lieux sont trop restrictifs pour servir de Maison à l'ensemble des personnages, mais ils permettent par exemple d'établir des discussions beaucoup plus intimes, la Maison étant généralement trop ouverte pour ça. Quelques cas assez rares n'établissent pas une mais plusieurs Maisons (plus fermées donc), s'obligeant à jongler entre les différents lieux et protagonistes pour garder un semblant de crédibilité.

Issue des restrictions budgétaires inhérentes à la série, la mise en place du principe de Maison a permis de rentabiliser une partie des décors. Cette nécessité financière a alors entraîné une conséquence scénaristique en renforçant l'aspect familial du genre, chaque groupe formant finalement un microcosme aux relations dynamiques.
par Mangelune publié dans : Séries
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Mardi 20 février 2007
Un article sur les bases de la plupart des séries modernes (et quelques anciennes aussi). Les séries se développent suivant deux fondamentaux : la famille et la mission. La famille recouvre l'ensemble des relations entre les personnages, la mission est constituée des objectifs redondants qui s'imposent aux protagonistes. Je ne parlerai pas ici des arcs scénaristiques qui sous-tendent une saison.

Dans les missions, on trouvera : enquêter sur des affaires paranormales (X-Files, Supernatural, Buffy) ; enquêter sur des affaires criminelles (NYPD Blue et toutes les séries policières) ou sauver le monde des terroristes (24h, Alias, Re-Genesis). Plus original, on pourra aussi voir les protagonistes aider les morts à rejoindre l'au-delà (Dead like me) ou organiser leurs funérailles (Six feet under). Une mission est généralement courte (une mission = un épisode) et redondante (une mission voire plusieurs par épisode) ; une longue mission sera en fait soit un arc scénaristique, soit un élément familial (voir ci-dessous).

Dans les familles, on relèvera : la bande de copains (Dawson, Buffy), la famille modèle (Sept à la maison), la famille tordue (les mafieux des Soprano) ou la famille dysfonctionnelle (Six feet under). Autre cas, la famille recomposée pour les besoins de la mission, où des personnages étrangers finissent par créer des liens (Dead like me, Alias, Urgences) ; pour la crédibilité d'un tel procédé, les protagonistes n'ont souvent aucune vie sociale en dehors de leur travail (trop de boulot, une famille aggressive, des parents morts, une héroïne revenue d'entre les morts et coupée de son ancienne famille...)

Chaque composante se voit intégrée de façon plus ou moins importante. On trouvera des séries de mission pures où les liens entre les personnages n'évolueront pas (NY police district, la plupart des road movies comme Kung Fu ou Code Quantum). A l'opposé, il existe des séries uniquement familiales où tout ce qui compte est l'évolution des liens entre les personnages (Sept à la maison, les soap-opera façon Plus belle la vie).

On trouvera néanmoins principalement des séries intégrant ces deux aspects, tout en en privilégiant un. Urgences est une série à mission (les cas médicaux) avec des intermèdes familiaux (les relations au sein de l'hôpital). Six feet under est une série familiale structurée par des missions : à chaque épisode un décès a lieu, et l'organisation des funérailles renvoie les protagonistes à leurs propres problèmes. Même les séries familiales apparemment "pures" cachent souvent des missions en leur sein : chaque épisode voit surgir un problème nouveau qu'il faut résoudre (quelqu'un se drogue, a des problèmes d'argent, etc.). Pour aller plus loin, la plupart des sitcoms sont même de fausses séries de famille et de vraies séries de mission : les personnages n'évoluent pas dans leurs relations, ils ne font qu'exprimer des liens déjà établis au travers de situations problématiques (ils prouvent combien ils s'aiment, combien ils sont égoïstes, bref ils réaffirment continuellement ce qu'ils sont). C'est aussi la spécialité des fictions unitaires françaises de 90' : on vient voir des personnages monolithiques réaffirmer leur identité dans des missions nouvelles.

Les plus brillantes créations ont évidemment intégré les deux composantes principales. Ne pas évoluer prive la série de son atout majeur. Trop évoluer au contraire risque de lui faire perdre en crédibilité. Quelque part, famille et mission ne sont que l'expression d'un lent mouvement continu et d'un perpétuel recommencement énergique. La mission revient et donne une dynamique, la famille reste et en garde les traces.
par Mangelune publié dans : Séries
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Lundi 22 janvier 2007
Combien de fois ai-je entendu les gens traiter les séries avec condescendance ? "La télévision produit du divertissement, le cinéma est seul capable de produire de l'art."

Je passerai rapidement sur le fait que le cinéma produit aussi du divertissement, et que ce qui fut hier pueril est aujourd'hui analysé comme art (Chaplin, Keaton, Hitchcock et des dizaines et des dizaines d'autres).
D'aucuns diront que les séries sont produites à des fins mercantiles, qu'elles  ne sont qu'industries et ne sauraient donc produire de l'art. Je répondrai que le cinéma est avant tout une industrie, et que le système d'aides français ne conduit pas forcément vers une plus-value artistique (le nombre restreint de décideurs, leurs interconnexions conduisent plutôt à un resserrement des aides autour d'un certain type de films et non autour d'oeuvres audacieuses).
On accusera la mise en scène des séries d'être limitée par le travail à la chaîne qu'elles impliquent ; d'un autre côté le cinéma victime du désir de fournir un produit fini de qualité (sans aspérités, sans ratées et donc enfin sans expérimentations) se voit lui aussi enfermé dans une réalisation héritée et non plus réinventée. Seulement on oublie que l'expérimentation passe alors par le biais du scénario, d'un jeu autour de la temporalité, du désir, des pensées... autant de moyens ludiques de créer.

On me répondra peut-être : oui mais le cinéma dont tu parles ce n'est pas de l'art. C'est de l'artisanat. Admettons. Qu'est-ce que l'art ? C'est évidemment un mot impossible à définir, et surtout pas par ceux qui l'utilisent pour accuser. Il est à mes yeux plus facile de cerner ce qui est de l'art que ce qui n'en est pas, pour une simple raison subjective : si je suis capable de voir quelque chose d'artistique dans une oeuvre, alors elle mérite sans doute au moins le statu d'oeuvre mineure.

Si on pense que l'art est une recherche esthétique de la beauté, alors on va à l'opposé de bien des mouvements qui ont travaillé à redéfinir ses frontières, à s'éloigner de la perfection reine et à travailler aussi bien à partir des aspects extérieurs de la nature que de l'intériorité de l'artiste (surréalistes, expressionnistes...)

Si l'art est interprétation de la "réalité", alors la fiction est un art ; le documentaire est un art. Le choix de ce qui est montré, de l'ordre des plans, du propos, tout va dans le sens d'une interprétation (réinterprétation dans le cas d'images d'archives) du réel. Mais dans ce cas toute création, même minable, est une oeuvre d'art. Il ne reste alors qu'à juger le regard de l'artiste selon des critères subjectifs.

Si l'art est création, celui qui use des moyens de ses prédécesseurs pour faire de la fiction n'est pas un artiste. Il est très difficile de juger de ce qui a été fait et de ce qui est nouveau, mais il m'est difficile en regardant Urgences ou 6 feet under de dire que ça a déjà été fait 100 fois. Une série comme Buffy aura sans doute l'air déjà vue de loin, mais en s'y attardant on verra nombre de choses uniques.

Si l'art est minutie, alors une série n'est pas une oeuvre puisqu'elle s'étend, elle se dilue dans le temps. Tout ne peut pas être aussi travaillé dans une série que dans un film : il y a plus de temps de fiction produit, pour moins de temps de création. Mais cette idée implique qu'une fresque immense vaut moins qu'un minuscule bijoux travaillé, que le miniaturisme est seul pourvoyeur d'art, ce qui est faux. Il faut savoir voir l'ensemble et non le particulier [ce qui me porte à critiquer l'expression "chaque plan est un tableau" qu'on emploie souvent pour des beaux films].

Si l'art est engagement alors les séries sont, bien plus que les films, des oeuvres majeures d'aujourd'hui. Elles parlent de guerre, de peur, de manipulation, de fossés entre les générations ; chaque épisode d'une bonne série travaille un sujet comme aucun film ne pourrait le faire, elles osent s'opposer aux puissants. Elles ont le temps pour elles, elles ont cette possibilité, ancrée dans leur génèse, de nous montrer des familles évoluer avec le temps, affronter les réalités du quotidien. Le cinéma n'a pas le temps, il doit s'élever au dessus de tout ça.

Dans ce cas l'art serait une façon de s'élever bien au dessus des contingences matérielles, de s'affranchir du médiocre réel ? La vision de la tour d'argent, de l'artiste miraculé, a quelque chose d'élitiste, de malsain. Il est évident que certains artistes sont ainsi, et je suis tout à fait prêt à aimer leurs oeuvres. Que tout l'art soit ainsi me débecte. Il y a au fond autant d'arts que d'oeuvres d'arts, et il y a autant d'oeuvres qu'il y a d'hommes pour les croire telles.

Finalement il est toujours dangereux de vouloir enfermer les choses dans des cases (art, pas-art). J'imagine qu'on procède ainsi pour ne pas avoir à se remettre en question, pour obtenir un monde rassurant qu'on puisse contrôler. Pour moi il est clair que certaines séries sont des oeuvres d'art, des oeuvres qui se jouent sur une longue durée et dont tous les moments ne sont pas forcément éclatants, mais dont la globalité brille autant que les courtes oeuvres cinématographiques.
par Mangelune publié dans : Séries
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