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Je m'appelle Vivien Feasson alias Mangelune (mon nom de plume en quelques sortes).

Je suis "métiers du cinéma" de formation. Ca ne veut rien dire et c'est normal, grâce à mes études je ne peux en effet exercer aucun mêtier véritable. Disons que je suis auteur-scénariste-réalisateur en devenir, en attendant le jour où on me fera confiance.

J'aime la fiction sous toutes ses formes, du livre au cinéma en passant par la télévision, et le jeu de rôles.

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Jeudi 15 mars 2007
Ces derniers temps on commence à découvrir miraculeusement les suicides liés à l'emploi, en marge de cette société privée de travail ou à mi-temps et tellement demandeuse.

Il est bien sûr délicat de définir les raisons exactes qui mènent à ces suicides, mais il n'est pas impossible d'en dégager quelques éléments.

Vive l'interim !
Amis chômeurs, l'intérim vous ouvre ses bras. Dans un monde du travail qui demande sempiternellement un diplôme précis et cinq ans d'expérience, les agences d'intérim font figure de restos du coeur de l'emploi.
Evidemment, il ne faudra pas s'attendre à la crème des jobs. Vous ferez de la manutention, vous répondrez au téléphone pour des banques, bref vous ferez tous ces boulots sous-traités dont personne ne veut comme carrière. Vous pourrez même travailler dans le nucléaire avec EDF et vous faire irradier (juste la dose de sécurité, après vous êtes viré).
Vous vous retrouverez avec un boulot temporaire (il vous faudra en chercher encore et encore toute votre existence, et souvent vous pensez au futur quand vous aurez juste envie d'une existence tranquille et que ce sera impossible), méprisé par les permanents des entreprises où vous arrivez, utilisé pour contourner les grèves (ne trichez pas votre agence l'apprendra), employé par une entreprise qui sous-traite à une entreprise qui sous-traite à... bref sans que quiconque sache qui vous emploie, perdu dans un grand flou où votre seul droit sera de faire ce qu'on vous demande.

Le flex-miracle
Eh oui, on vous le dit la flexibilité est l'avenir. Le CNE est là, le CPE a bien failli arriver et le contrat unique se profile. La force de la France, ce sont ses entreprises, on l'entend partout, des tonnes d'entreprises qui se créent, vivotent en profitant des allègements temporaires de charges et puis ferment, parfois pour se rouvrir juste après sous un autre nom.
La flexibilité du bientôt défunt gouvernement, c'est la fameuse flex-sécurité, sans la sécurité. Heureusement la gauche est là avec ce merveilleux euphémisme de Mme Royal : " une entreprise a peur d'embaucher car elle ne peut pas licencier quand elle connaît des difficultés, moi je veux que les entreprises n'aient pas peur d'embaucher " ; le travailleur sera protégé durant l'année qui suit son licenciement. Et s'il ne trouve pas de travail pendant un an ? Mystère. Et si l'entreprise en profite pour faire pression sur ses employés encore plus aisément qu'aujourd'hui (après tout elle n'aura plus peur d'embaucher quelqu'un d'autre) ? Mystère aussi.
Heureusement la fexibilité c'est aussi celle du contrat à mi-temps : le travailleur a deux boulots, chacun exigeant de lui qu'il soit disponible (oui parce qu'un employé à mi-temps peut se voir rajouter des heures qu'il est obligé d'accepter). Mieux vaut deux employés à mi-temps qu'un à plein temps, puisque ces deux là seront toujours plus servils dans l'espoir de gagner des heures supplémentaires (une façon de voir les choses qui remplace la vieille idée de l'augmentation, on est passé d'une augmentation de salaire à une augmentation d'heure de travail).

Maudites trente-cinq heures (lu à l'envers ça donne "Satan est ton souverain")
Peste soit des 35h qui n'ont pas créé d'emploi ! Maltraitées par un gouvernement inique qui voulait se faire mousser, les entreprises ont bien failli être mises sur la paille.
Fort heureusement, une solution a été trouvée : les heures sup... ah non en fait ça c'est pour le prochain gouvernement.
Non, la solution miracle s'appelle la rentabilité renforcée : si vous travailliez moins pour le même prix, vous tueriez l'entreprise. Néanmoins, vous savez que le patron peut vous virer (il ne le fera pas c'est trop chiant mais en en virant un pour une raison lambda tous les autres sauront qu'il en a le pouvoir, et comme en plus la télé ne parle que de licenciements). En plus, vous savez que plein de gens veulent votre boulot : ils le disent à la télé le chômage est partout même chez les gens très diplômés comme vous. Alors en échange de votre boulot de nanti l'employeur veut que vous travailliez mieux, plus vite et que vous fassiez moins de pauses. Comme ça vous ne lui coûterez pas plus, il ne sera pas obligé de créer des emplois nouveaux et trop chers et tout le monde s'y retrouvera.

L'esprit d'entreprise ou la grande famille des cocus
En plus de vous faire bosser comme un dingue il va vous faire croire que vous oeuvrez pour une entité abstraite bienfaitrice, directement issue de la bourgeoisie du passé et du culte religieux paternaliste : vous êtes une grande famille, le patron est votre père et l'entreprise votre mère, une mère tendre que vous gavez de votre amour. Ne pas se montrer digne de ses parents de travail, c'est être un moins que rien, un fils indigne, donc pour être bien vu il faut accepter ce que la mère (insouciante) demande et ce que le père exige (il est dur mais c'est pour votre bien). Au risque de devenir fou, tiraillé entre les exigences constantes de ce giron d'adoption et les demandes odieuses de cette autre famille, humaine elle, qui ne comprend décidément rien à votre vocation (et vas-y que je veux passer du temps avec toi, un enfant, que je veux de l'argent, faire des études, que je trouve pas de travail, etc.).
En passant, ils vont vous trouver un ennemi histoire de vous mobiliser : la fonction publique. C'est facile vous n'avez affaire à elle que quand les choses vont mal (papiers, soucis, impôts, convocations des parents, etc.) Comme ça au lieu de demander à votre chef ce qu'elle a, vous verrez en elle une bande de feignasses trop payés avec un emploi à vie, vous les aurez en horreur et vous arrêterez d'emmerder le monde avec la révolution.

Heureusement, le président nouveau arrive
Voilà déjà un petit aperçu réjouissant de ce qui n'est pas prêt de changer. Prochaine étape : les heures supplémentaires détaxées, vu ce que j'ai écrit c'est exactement la solution qu'il nous faut.
par Mangelune publié dans : Politique
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Dimanche 25 février 2007
De voir ces jeunes et ces moins jeunes (on voit surtout les jeunes en fait à la télévision, sauf quand le candidat parle des retraites, là on a droit aux vieux versant une larme) scander le nom de leur candidat(e), extatiques, je me rend compte que je déteste la présidentielle.

Comment un homme peut-il incarner à lui seul les valeurs de son programme (programme qui n'est au fond qu'un texte destiné à être trahi en fonction des événements) ? Comment peut-il symboliser à lui seul tout son mouvement ? On croirait voir s'incarner l'Avatar du Parti, on jurerait que le sorcier a laissé le dieu idéologue s'incarner en lui le temps d'une campagne. Ce n'est plus un simple mortel avec ses doutes et sa propre bêtise qui pourra heureusement compter sur un groupe d'alliés prêts à pallier ses lacunes, c'est une entité déifiée lors d'un rassemblement ritualisé, comme autrefois on parait le représentant des divinités de leurs éléments symboliques.

La politique ou le retour du sacré ? Mouaif...
par Mangelune publié dans : Politique
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Dimanche 18 février 2007
Comme tout le monde il m'est arrivé de pester contre les forces d'opposition, contre leur caractère monolithique et leur absence de nuance. Voir l'extrême gauche se présenter aux présidentielles en aura fait hurler plus d'un sans doute, et leur discours toujours strictement idéologique ne se prête guère à une réalité pleine d'aspérités.

Sauf que... sauf que l'opposition est nécessaire, et même indispensable au bon fonctionnement d'une société. Parce que ceux qui ont le pouvoir l'utiliseront toujours suivant leur propre vision des choses et parce qu'ils ne possèderont jamais la sagesse infuse.

Celui qui a le pouvoir a une avance énorme sur ses adversaires. Pour parvenir à le contrer, il faudra lui opposer une force égale. Cette force, on la trouvera dans la diabolisation, dans la caricature, dans la grève, bref dans des actes débordant d'énergie et destinés à hisser un instant l'opposition au niveau de ses adversaires. Traiter les policiers de connards fascistes est exagéré puisqu'on trouve de tout chez les exécutants de la loi, mais il est nécessaire (désolé pour eux) que certains les caricaturent, parce qu'ils détiennent beaucoup de pouvoir et peuvent en abuser (la loi est un contre-pouvoir, mais il existe des moyens de la contourner sans parler de l'aspect corporatiste qui ressort de l'action des syndicats policiers et des organes de contrôle). L'extrême gauche doit s'opposer à la gauche de manière virulente lorsque celle-ci a le pouvoir, et s'unir à la gauche pour faire barrage à la droite. La violence de la contestation s'oppose à la violence de l'exercice du pouvoir, elle attire l'attention du peuple et fait ainsi pression sur les puissants.

Il y a eu des tentatives d'absorber cette part contestataire au sein du pouvoir (la gauche plurielle par exemple). Belle volonté qui aurait pu consister en une prise de conscience de la faillibilité du dominant, mais qui est très vite devenue une tentative de baillonnage d'une partie des contre pouvoirs (la droite elle-même était alors affaiblie par la cohabitation). Les partis en sont sortis durablement affaiblis, compromis ; les appartenances se sont vues brouillées et le Front National en a profité. L'opposition ne peut devenir un pilier du pouvoir sans mettre en péril l'équilibre fragile de la démocratie. Le centrisme, en alliant gauche et droite, prend un gros risque mais a le mérite de laisser aux extrêmes leur rôle d'opposition (la popularité de Bayrou n'est-elle pas due à une gauchisation du Centre aux yeux des électeurs, contre une droitisation du PS ? En tous cas la droite ne perd pas de voix...). Plus intéressante est la proposition de Royal de donner la présidence de la Cour des Comptes à l'opposition : pas de ralliement ici, mais la mise en avant de l'idée ennemie comme vérité potentielle.

Ce mécanisme a évidemment ses ratées. Une extrême gauche qui critique avec acharnement un PS écarté du pouvoir, et le renvoie dos à dos avec la droite détruit un adversaire qui n'a guère les moyens de se défendre et sert malgré tout la soupe à son plus grand ennemi. Cela ne veut en aucun cas dire que l'extrême gauche ne doive pas se présenter aux présidentielles : elle le fera en effet pour pouvoir gagner de l'influence sur le vainqueur, influence qui sera ensuite mise en jeu dans toutes les actions contestataires ; elle doit juste trouver un meilleur équilibre entre critique du PS et critique de la droite. Refuser tout accord avec le PS pour le second tour est èds lors irresponsable et ne serait justifié que par l'émergence d'un nouveau pôle de gauche contre des socialistes "droitisés", ce qui n'est pas le cas aujourd'hui avec l'échec de la gauche altermondialiste.

Une opposition franche, virulente, même caricaturale est donc indispensable à une société équilibrée. Cela peut freiner son évolution, mais les évolutions trop brusques mènent généralement aux dictatures (il faut pour avancer vite détruire toute opposition). C'est pourquoi il faut s'élever contre toutes les tentatives de musellement de l'opposition, contre les soi-disant humanistes sensibles qui voudraient supprimer la caricature, contre les 49-3 du progrès politique ou contre ceux capables de mesures de représailles sur les journalistes qui les gênent... et tout cela sans oublier un contre-pouvoir pour chaque contre-pouvoir !
par Mangelune publié dans : Politique
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Mercredi 14 février 2007
Juste un petit ajout au texte précédent sur le dogme du travail.

Il est amusant de noter que souvent la menace étrangère sert à justifier des politiques nationales rigoristes : le terrorisme et les mesures de surveillance, la guerre et la confiscation du pouvoir avec la mise en place d'un gouvernement "fort".

On peut aussi constater que tout en étant fustigée par les hommes politiques, la "menace de la mondialisation économique" sert à renforcer la valeur travail. La France ressortirait affaiblie de sa passivité, les 35 heures aggraveraient le tempérament amorphe des citoyens tandis que de l'autre côté des frontières les pays moins gâtés par la richesse se livreraient sans état d'âme au culte de la croissance et du productivisme.

Ces populations prêtes à travailler plus de 50 heures par semaine pour un salaire de misère deviennent alors bien commodes pour condamner les partisans d'une société moins axée sur l'effort. Si les Français veulent dormir, ils seront tôt ou tard balayés par ceux qui veulent travailler, suivant la simple théorie du droit du plus fort. Suivant son point de vue, on parlera de fainéants égoïstes ou de victimes écartées de l'emploi, mais la réalité restera la même : pour survivre, la France doit se mettre au boulot.

Ce n'est plus l'Etat qui le dit, c'est le Monde. Et on ne peut pas lutter contre un monde.
par Mangelune publié dans : Politique
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Mardi 13 février 2007
Ca fait un moment que cette histoire me travaille (ah ah). Depuis quelques années, juste après la fin du grand mouvement sécuritaire en fait, on a vu se réinstaller la notion de valeur travail. Même les émeutes des banlieues, au lieu de relancer la peur dans les médias (sans doute échaudés par les présidentielles de 2002), ont renforcé cette notion (ils manifestent car ils n'ont pas de travail).

Bien sûr, la valeur travail existe depuis des années, des siècles même. Que l'homme travaille pour vivre, parce qu'il n'est pas sur Terre pour s'amuser mais pour mériter le paradis, parce qu'il est un "vrai gens" à opposer aux rentiers pédants, parce que la société ne peut fonctionner qu'ainsi ou pour une autre raison, le travail a toujours été pris en compte. Sauf que... sauf que dans certaines sociétés le travail était une nécessité, et comme souvent ce qui est nécessaire devient futile voire dégradant. Les grecs, les nobles et bien d'autres plaçaient ceux qui ne travaillaient pas au sommet de la hiérarchie, à la différence des chrétiens et des bourgeois.

Aujourd'hui, alors que le progrès technique s'est installé et que le travail de fait est devenu plus rare, on voit disparaître du devant de la scène les oisifs, les rentiers. Travailler, c'est occuper une place dans la société. Cela veut dire que celui qui travaille beaucoup et gagne beaucoup d'argent est heureux, qu'importe l'absence de vie sociale ou de loisirs que cela suppose. Cela veut aussi dire que le travail est une valeur qui se suffit à elle-même, qu'importe le salaire ou les conditions dans lesquelles il est exercé. On plaint dès lors d'avantage le chômeur ou l'employé à mi-temps que celui qui exerce un boulot pénible, usant ou dégradant : les employés des usines sont terrassés par la perte de leur emploi.

L'opposition droite-gauche devient alors moins une opposition bourgeoisie-prolétaires, avec d'un côté l'argent gagné comme idéal et de l'autre des droits sociaux pour les exploités, qu'une opposition heures supp'-partage du travail, avec plus de boulot pour les vaillants contre des emplois pour tous. Evidemment la réalité est un poil plus complexe puisqu'il faut prendre en compte les patrons d'entreprise, entre travail et rente, et les actionnaires qui sont essentiellement des rentiers. Ceci dit aujourd'hui on fustige énormément les actionnaires maléfiques et on met beaucoup en avant les patrons de PME qui mettent la main à la pâte et sont à la fois travailleurs et employeurs. De plus, par une jolie pirouette, on redore le blason du patron par son lien à la création d'emplois, et on oppose le patron-rentier-licencieur au patron-créateur d'emploi- pourvoyeur de bonheur.

Le chômeur lui-même n'a de place que dans le cadre d'une recherche d'emploi et il n'a de raison d'être que dans un état de transition. Il ne peut exister que sous forme jeune en quête d'un premier emploi, adulte en transition entre deux boulots et sénior éjecté prématurément du marché du travail (ce qui fait de l'adulte qui n'a presque jamais travaillé la lie de la société). A force de voir la valeur travail grandir il se voit de plus en plus marginalisé et humilié par sa situation.
Et il est impossible pour les hommes politiques, même d'extrème gauche, de remettre en question cette idée, car ceux qui déjà travaillent sont nombreux, adhèrent totalement à l'idée que le travail rend heureux ou du moins est un mal nécessaire (comment pourraient-ils vivre autrement ?) et donc voient les inactifs comme des parasites ou plus généralement comme des victimes (un point de vue oh combien plus flatteur pour l'égo, car plus "humain").

La valeur travail, c'est donc un choix de société désormais imposé par tous les partis et non un parmi d'autres. La chute des emplois n'a pas conduit à une remise en question de cette notion, mais à son renforcement. Parce que travailler est pénible et parce que désormais le travail n'est plus une question de survie, alors tous se sont entendus pour le glorifier, sinon à quoi bon continuer ? Et puisque nous sommes passés d'une nécessité à l'expression de ce que nous sommes, cela signifie qu'un chômeur n'est plus rien.
par Mangelune publié dans : Politique
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