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Bienvenue sur mon blog

Je m'appelle Vivien Feasson alias Mangelune (mon nom de plume en quelques sortes).

Je suis "métiers du cinéma" de formation. Ca ne veut rien dire et c'est normal, grâce à mes études je ne peux en effet exercer aucun mêtier véritable. Disons que je suis auteur-scénariste-réalisateur en devenir, en attendant le jour où on me fera confiance.

J'aime la fiction sous toutes ses formes, du livre au cinéma en passant par la télévision, et le jeu de rôles.

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Mardi 6 mars 2007
Je suis récemment allé voir Shining de Kubrick au cinéma Le Majestic. Occasion de voir enfin ce film en VO et sur grand écran, mais occasion aussi hélas d'entendre les rires de mes voisins tout du long et ne pas pouvoir ainsi rentrer pleinement dans l'ambiance. Cela m'a rappelé qu'il existait deux façons d'aborder l'horreur au cinéma : prendre le spectateur par la main ou le laisser faire le premier pas.

Prendre le spectateur par la main est facile : il suffit de faire surgir le monstre brusquement en l'accompagnant d'une musique devenue stridente. Le réalisateur prépare le terrain, accompagne la peur jusqu'à un pic de terreur plus ou moins appuyé, et relâche la bride. Le pire de cette méthode est l'utilisation de la fausse surprise avec le surgissement d'un rat, d'un corbeau ou n'importe quelle bestiole inoffensive juste pour foutre la trouille au public.
C'est en gros la méthode du train fantôme : le but est uniquement d'avoir peur à plusieurs reprises, de sursauter et finalement d'oublier. En effet, le sursaut ne va pas nous hanter ensuite, au mieux on aura bien rigolé, au pire on se sera senti aggressé en permanence. Si le film est bon, c'est que la qualité sera ailleurs (Evil Dead et ses délires visuels, Batman Begins et son superbe scénario, etc.). Ce recours au sursaut au contraire de parasiter le reste du film et d'en effacer propos et innovations scéniques, l'attention et les besoins émotionnels du spectateur étant dirigés vers la prochaine surprise. On trouvera ainsi plus généralement de mauvais films de ce type, des objets de consommation oubliables à s'injecter directement dans les yeux pendant 1h30 comme Gothika, Brocéliande et autres saloperies.

Laisser au spectateur le soin de faire le premier pas est beaucoup plus risqué : en s'interdisant de le faire sursauter, on se prive d'un moyen de manipulation très efficace. On offre alors au public un univers plus ou moins irréaliste (plus le film est irréaliste et plus il est difficile d'amener à y croire, même si les effets spéciaux ont fait d'énormes progrès) en lui demandant honnêtement d'y prêter attention. Shining est de ceux-là : aucune scène classique de sursaut, la peur est distillée lentement au travers de visions sanglantes et d'une montée inexorable de la violence.
Le son joue encore un rôle essentiel dans ce type d'horreur : la musique crescendo est ici remplacée par un fond sonore anxiogène (je pense notamment à la bande originale de Massacre à la Tronçonneuse obtenue en frottant une fourche contre une surface dure) qui teint toutes les scènes, même les plus banales, d'une lueur morbide.
On fait alors appel à la suspension de l'incrédulité du spectateur, qui s'il ne désire pas entrer dans le film finira immanquablement par rigoler et pourrir le plaisir des autres. S'abandonner à ce type d'horreur, c'est donc prendre le risque de perdre son cynisme protecteur, c'est croire un instant que tout cela est possible sans se voir la vision facilitée par des effets clinquants. C'est donc quelque part laisser volontairement l'horreur entrer en soi et se laisser pénétrer par un sentiment beaucoup plus profond que dans l'horreur à sursaut, et donc beaucoup plus durable.
par Mangelune publié dans : Cinéma
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Dimanche 4 février 2007

Et voilà ! Une année de plus à ajouter au compte du festival de court-métrages de Clermont-Ferrand. Une année de plus à travailler tous les jours et à ne voir qu'une poignée de films pendant que d'autres en font une indigestion.

Parce que l'indigestion est la base même d'un tel événement. Des milliers de films à visionner pour une équipe réduite (et qui chaque année, boulimique, reproduit le festin), 31 sélections de compétition avec 5 courts métrages en moyenne, 5114 films sur le marché...

Comme chaque année, rien d'exceptionnel au palmarès. Le plus grand nombre de prix va à des films qui ne sont pas là pour incarner le format court, mais qui sont plutôt des mini-longs métrages, efficaces car resserrés, drôles, très bien construits mais destinés à rejoindre bien vite la masse des oeuvres passées.

C'est à se demander parfois si le court n'est pas devenu ce que même la télévision parvient parfois à éviter : un flux continu de petites histoires se mêlant les unes aux autres dans nos cerveaux de spectateurs. Là où les séries parviennent à utiliser cette idée de déversement continuel pour opérer une réflexion sur le long terme, le court semble lui condamné à une existence éphémère : à peine vu, il se fond dans notre oubli.

Car c'est finalement la diversité qui est privilégiée, au détriment de toute réflexion ou cohérence. Parce que le festival se veut d'avantage tourné vers le public que vers la conception artistique, les courts se voient agencés suivant leur durée, leur genre, leur atmosphère, afin que chaque séance offre une sorte de vitrine exhaustive des genres, au détriment hélas d'un point de vue plus global et moins technicien.

En conclusion, il s'agit moins ici de critiquer le format court en lui-même qui recèle de vraies oeuvres et des créations très appréciables, que de remettre en question ce déversement qui rapidement se change en mélasse audiovisuelle. L'éducation à l'image prônée par Sauve Qui Peut le Court Métrage passe-t-elle vraiment par un tel imbroglio dénué d'analyse ?

par Mangelune publié dans : Cinéma
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Mardi 23 janvier 2007
Cette réflexion me vient après le visionnage de deux films récents : Cashback de Sean Ellis et L'incroyable destin de Harold Crick (en fait Stranger than Fiction, le titre français est nul et rappelle un horrible film) de Marc Forster.

Ces deux films utilisent une enveloppe originale pour sortir de la masse : Cashback pratique une mise en scène à la Michel Gondry (Eternal Sunshine of the Spotless Mind), sophistiquée et usant de l'esthétique léchée de la pub pour nous montrer un homme capable de figer le temps par la pensée ; Stranger than Fiction offre une réflexion sur le travail d'auteur, opérant une vraie mise en abîme puisqu'on y voit un personnage prendre conscience qu'il est le premier rôle d'un roman et rencontrer son "créateur".
Dans les deux cas le récit est légèrement fantastique, le but étant d'utiliser tous les moyens cinématographiques à disposition, pour porter le tout au dessus de la masse des films qui se contentent de raconter naïvement une banale histoire d'amour.

Oui parce que le fond de ces deux histoires est tout autre :
Cashback
raconte en fait l'histoire d'un garçon qui se fait plaquer, n'arrive plus à dormir, prend un travail de nuit et rencontre une autre femme. Comme il est peintre, il est aussi capable de voir la beauté en tout, et par ce talent il parvient à séduire sa nouvelle égérie. En plus des amis lui font une blague qui se révèle au final salutaire puisqu'elle lui permet de connaître enfin la célébrité.
Stranger than Fiction nous montre un agent du fisc avec une vie ultra réglée, qui rencontre une femme qui le déteste au début mais finit par être désarmée par sa détresse, achète une guitare, devient plus cool qu'avant et finit même par accepter de mourir pour l'Art (et pour sauver accessoirement un gosse). En plus au final il ne meurt pas et son acte sacrificiel le rend encore plus beau aux yeux de sa belle.

Enlevez donc l'enrobage fantastique de ces deux films et vous obtenez deux histoires très classiques, bateaux même, que je ne serais pas allé voir sans doute si on ne me les avais présentées au départ comme originales.
Seulement Michel Gondry utilisait le fantastique servir un propos original. Le procédé fantastique était au coeur du récit, il soutenait le propos même. Dans Cashback le fait d'arrêter le temps ne sert à rien. Le personnage peint des canons de beauté qu'il déshabille. Ce pouvoir n'est absolument pas exploré, ce voyeurisme n'est jamais remis en question. Dans Stranger than Fiction, le personnage ne se rebelle jamais contre le narrateur. Il est incapable de faire autre chose que ce que la voix raconte. Pire même, l'assujétion à cette voix fait de lui un être mû par une volonté supérieure, un pantin. Supprimez la voix, vous enlevez alors des moments drôles, un bon quart du film, mais finalement rien ne change : Harold Crick fait les mêmes actions et la fin est strictement la même. La seule analyse sur le travail de création est qu'un auteur apprenant que son personnage est vivant préfère l'homme à l'art (sans que cela change sa vie de toute façons, son seul objectif dans l'existance étant de finir son roman).

Comment attirer les gogos perdus devant la masse des films et comment faire des films sympathiques en prenant les spectateurs pour des cons ? J'ai ma réponse...
par Mangelune publié dans : Cinéma
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