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Je m'appelle Vivien Feasson alias Mangelune (mon nom de plume en quelques sortes).

Je suis "métiers du cinéma" de formation. Ca ne veut rien dire et c'est normal, grâce à mes études je ne peux en effet exercer aucun mêtier véritable. Disons que je suis auteur-scénariste-réalisateur en devenir, en attendant le jour où on me fera confiance.

J'aime la fiction sous toutes ses formes, du livre au cinéma en passant par la télévision, et le jeu de rôles.

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Jeudi 19 juin 2008
En sortant de Phénomènes le dernier Shyamalan (bon film en passant), quelque chose m'a frappé : le point de vue de réalisateurs éminemment américains semble avoir évolué drastiquement au cour des dernières années, passant d'un optimisme affirmé (et souvent moqué) à une sorte de pessimisme teinté de repli sur soi, le tout dissimulé derrière un paravent de happy end amer.

Voyez ces films de Spielberg  : la Guerre des Mondes montrait une famille s'efforcer de survivre contre une invasion extra-terrestre et ne triomphait que grâce à un événement hasardeux qui ne devait finalement rien aux héros que nous avions suivi. Munich lui nous parlait d'un agent du Mossad qui finissait par abandonner sa lutte sanglante et absurde pour se consacrer exclusivement à sa propre famille. Dans chaque oeuvre, ceux qui osaient se dresser contre "l'ennemi" finissait inlassablement par mourir, et seul l'abandon et la fuite permettait la préservation.

De son côté Shyamalan dépeignait dans Le Village une communauté qui avait décidé de s'isoler des horreurs du monde réel ; l'héroïne après avoir découvert la vérité faisait le choix d'accepter ce secret et de poursuivre sa vie parmi les siens. Phénomènes va encore plus loin : la nature agressée décide de se débarrasser de l'espèce humaine ; les arbres agressant des communautés de plus en plus réduites, la famille que nous suivons doit s'isoler des autres, se replier sur elle-même, et malgré tous ces efforts ne doit la vie qu'à un heureux hasard.

Ces deux réalisateurs ont pourtant commencé sous le signe de l'optimisme : Spielberg nous parlait de fraternité dans E.T., d'espoir dans Rencontres du 3ème type et nous montrait toujours qu'un homme seul pouvait changer les choses (Indiana Jones, Schindler). Chez Schyamalan, un petit garçon aidait les morts à trouver la paix et un homme devenu invincible décidait de se faire super héros. Là était l'Amérique telle qu'elle nous faisait rire ou rêver, sur-confiante en elle-même.

Aujourd'hui il est facile de dire, et pourtant évident, que le 11 septembre mais aussi la guerre en Irak qui s'enlise, le réchauffement climatique contre lequel personne ne fait rien, les guerres inlassables entre Palestine et Israël et bien d'autres drames ont fini par erroder cette confiance, cette espérance des Américains. Même Indiana Jones fait aujourd'hui face à une explosion atomique contre laquelle il ne peut rien, anonciatrice des jours funestes ; dès lors le vieillissement et donc la mort du héros deviennent le signe que les jours heureux sont finis et que nous ne sommes devant notre écran que pour une parenthèse enchantée (qui peine à se convaincre elle-même) et non pour réaffirmer notre croyance en un avenir meilleur.

Désormais ces artistes n'ont plus d'espoir à donner aux hommes. Tout ce qu'ils parviennent à leur dire, c'est de retourner au foyer, d'aimer les leurs et d'espérer que l'orage les épargne...
Par Mangelune - Publié dans : Cinéma
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Lundi 26 mai 2008

Le voilà sur Canal+ le fameux Scaphandre et le papillon, prix de la mise en scène à Cannes, adaptée d'un roman écrit en clignant des yeux par un homme enfermé dans son propre corps, avec Mathieu Amalric dont la performance a séduit plus d'un jury.

Un film assez nul au fond, du moins très décevant, où un réalisateur confond mise en scène expressive et épate stérile (il est pourtant Américain, hors ce sont souvent les Français voulant faire à l'américaine qui sont coutumiers de ce genre de choses). Comme cette scène de l'accident ; racontée par la victime elle-même, cela donne "la seule pensée que j'ai eu c'était qu'il allait falloir annuler la réservation pour le théâtre, qu'on y serait pas à l'heure" ; par le réalisateur ça donne un gros plan difforme sur la gueule coincée d'Amalric avec un bon gros klaxon en fond, un petit recul sur une ville de campagne aussi parce que bon ça montre le désarroi de la victime isolée et ça permet de voir un enfant courir chercher de l'aide.

Je n'évoquerai que rapidement les trois femmes du film, toutes blondes façon suédoises que j'ai confondues d'un bout à l'autre et qui jouent tant bien que mal les dialogues ampoulés du script, le grotesque de cette caméra-oeil qui fait semblant de se déplacer comme tel, le pesant de toute cette mise en scène façon "voilà ce que ça fait d'être paralysé dans son fauteuil" (ce que le livre évitait d'après ma tendre), les effets distordus de la fin où l'image commence à sauter sans raison et surtout la voix tordue du héros, étouffée et maladroite comme s'il parlait réellement avec sa bouche figée, alors qu'il ne s'agit là que de pensées incommuniquées. Je glisserai aussi rapidement sur le fait qu'il est facile de faire un film sur quelqu'un qui ne parle pas si on colle en contrepartie une voix off omniprésente (permettant d'entendre le personnage râler sur tous les cons qui l'entourent).

Ne me faites pour autant pas dire ce que je ne dis pas : j'adore les mises en scène expressives ! A condition qu'elles se justifient par l'histoire ou bien par une mécanique interne traversant l'oeuvre de bout en bout. Pas comme ici quand elles sont soit des illuminations soudaines et brèves, soit des fausses bonnes idées évidentes (et si on utilisait la caméra en tant qu'oeil du personnage ? Incroyable !). Un film largement surestimé pour moi, tout comme plus récemment There will be blood (bien que ce dernier soit tout de même vachement mieux foutu).
Par Mangelune - Publié dans : Cinéma
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Vendredi 21 mars 2008
Polemic-system-copie-1.jpg
J'ai enfin pu voir Polémique système, le documentaire-vérité sur le célèbre trublion américain, j'ai nommé Michael Moore, l'homme sur lequel tout le monde a un avis bien tranché ("s'il y en avait plus des comme lui" / "je déteste ce type").

En deux mots, ce documentaire commence lorsque deux auteurs canadiens décident d'en savoir plus sur un homme qu'ils jugent sincère, brillant voire indispensable. Voulant en dresser un portrait fidèle, ils vont aller de déceptions en consternations et comprendre que Michael Moore n'est pas un modèle de vertu contrairement à ce que disent ses discours de meetings en cinéma.

Etait-il nécessaire d'attaquer cette icone de la gauche américaine ? Oui et non. Oui parce qu'il existe des personnes suffisamment naïves pour croire tout ce qu'on leur raconte, y compris à gauche, et parce que la popularité du sujet allant grandissant il est bon d'en nuancer la sainteté. Non, compte tenu de la faiblesse de la gauche, du rejet global de la politique et de l'importance cruciale du débat quand aux thèmes abordés par lui. Critiquer Michael Moore c'est donc aussi donner du grain à ceux qui n'en ont pas besoin. Le problème est également situé dans la faiblesse des éléments fournis, ou tout du moins du décalage entre leur ampleur et le ton du documentaire (on apprendrait que cet homme vend des armes aux enfants que ce serait pareil !).

On y apprend que Michael Moore déforme la vérité pour servir son propos, qu'il sort des éléments de son contexte, qu'il fait des juxtapositions hasardeuses, qu'il ment même sur des faits qu'il invente de toutes pièces. Le problème est qu'on sent cela dès qu'on voit un de ses films. On lui reproche également de se mettre trop en avant. J'y vois personnellement une forme de garde-fou ; en effet quand je vois un auteur qui se filme lui même, utilise l'humour, le dessin animé, le montage, je sais qu'il va me mentir, mon esprit critique est prêt ; là où un documentaire plus sobre, plus sérieux aurait d'avantage de facilités à me berner. Pour autant, cette distance critique ne m'empêche pas d'apprécier le ton de ses films, mais aussi de trouver qu'aux USA les armes devraient être contrôlées, la sécurité sociale gratuite, les licenciements limités...

On dit également dans ce documentaire que si la fin justifie les moyens pour Moore, alors autant dire que la CIA a raison de torturer au nom de la paix. Bush et Moore même combat ? Dur de comparer la propagande audiovisuelle gauchiste à la torture. Beaucoup d'arguments semblent disproportionnés, déformés. Comme cet homme qui a interviewé le polémiste, lui a posé des questions acerbes et a reçu dès lors des réponses sèches, et qui en a tiré la conclusion que sa victime était schizophrène et aggressives !

Tout est mélangé dans ce documentaire, on y parle tantôt du propos, des méthodes, des mensonges, mais aussi du caractère caché du personnage qui se révèle - oh mon dieu - humain et donc complexe (oui il n'est pas aussi gentil, altruiste, désintéressé qu'on le croit). Le tout avec une musique inquiétante quand nécessaire, et en utilisant la même méthode que Moore à savoir tenacité, culot, et montage manipulateur. Ou comment dénoncer quelque chose en faisant pareil, c'est beau comme un 99F tiens.

Tout n'est pas à jeter là-dedans, beaucoup de faits sont intéressants mais cela aurait pu être traité avec beaucoup plus de finesse et d'argumentation.
Par Mangelune - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 5 mars 2008
Le 4 mars, à presque 70 ans, est mort Gary Gygax chez lui dans le Wisconsin.

Une nouvelle touchante quand même, symbolique même. Le vieux monsieur avait créé Donjons & Dragons dans les années 70 et était par là l'initiateur du jeu de rôle quelles que soient ses évolutions.

C'est plaisant de voir des articles sur des sites comme Le monde ou Libération, c'est une façon de voir que même si cet excellent loisir n'est pas encore au top de la popularité, les années de chasse aux sorcières sont loin derrière.

Salut l'artiste donc, comme on dit.
Par Mangelune - Publié dans : Divers
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Vendredi 15 février 2008
A quoi ressemble-t-il cet auteur idéal, ce personnage dont tout indique qu'il sera le prochain grand nom du monde audiovisuel ?

1. Un bon auteur est aussi réalisateur
Pas d'artiste partiel, le réalisateur est L'Auteur de l'oeuvre. Il est donc légitime de conclure que les autres ne le sont pas. L'auteur-réalisateur (pléonasme s'il en est) dirige une grande équipe de techniciens, il est celui qui a la vista comme dirait notre cher Raffarin, le leader, le garant de l'unité et de l'artistique. Le technicien, lui, râle souvent devant les idées novatrices de l'artiste, cela parce qu'il n'a pas cette vision céleste réservée à un seul être sur le plateau et au delà.

2. Un bon auteur est quelqu'un qui a un point de vue sur le monde
Donc du recul. Impossible de réfléchir sur quelque chose sans prendre du recul par rapport à cette chose. Pour que l'auteur puisse prendre ce nécessaire recul sur la vie, il doit en quelques sortes se situer un pas en arrière de l'existence, contempler ses contemporains d'en haut (ou de derrière). De toutes façons, une personne qui profite pleinement de la vie n'a pas besoin d'écrire. Elle n'en a pas le temps. Ecrire c'est faire une pause sur la vie, c'est effectuer une retraite plus ou moins complète.

3. Un bon auteur est quelqu'un qui sait parler de sa vision
Il lui faut donc du recul par rapport à ce qu'il fait. Comment expliquer à d'autres ses convictions si on est la tête dans ses propres délires ? Un pas en arrière donc par rapport à son travail, deux pas en arrière dès lors par rapport au monde. Ca commence à faire loin. Les études permettent d'obtenir les outils pour décrypter la vie, voire pour analyser les visions de la vie. Dommage qu'elles prennent tellement de temps sur la vie elle-même, mais aussi sur la création...

4. Un bon auteur est quelqu'un qui sait à qui et comment parler
Evidemment. Prendre du recul c'est bien joli mais si on ne trouve personne pour faire du projet une oeuvre, si on ne sait pas comment trouver un producteur et donc de l'argent, on reste anonyme voire inexistant. L'arbre qui tombe dans la forêt sans personne pour l'entendre fait-il du bruit ? demande le proverbe... L'auteur doit donc connaître du monde, du beau monde, il doit savoir se vendre, démarcher, causer, convaincre. Pour cela il faut faire partie de la vie, être un animal social, une vraie bête du dialogue. Il doit avoir du charisme, du bagoût, être un séducteur. Pour réussir il lui faut plein d'amis. On revient deux pas en avant d'un coup.

5.  Un bon auteur est un menteur ou un fou
Eh oui. Parce que défendre son point de vue contre celui de tous les autres, oser prétendre qu'on est tellement génial qu'il est indispensable de nous confier des fortunes demande une irresponsabilité infinie. Comme tout être humain croit qu'il est seul à compter vraiment dans le monde, l'auteur est seul avec une poignée d'élus à mériter d'être vu. S'il a l'âme plus modeste, il se ment à lui-même en évitant de penser à ceux qu'il écrase en montant. 

En résumé, un bon auteur est un être totalement cinglé et schizophrène qui a besoin pour son art d'avoir déjà vécu trois vies d'homme. Si vous en connaissez un, fuyez, il n'est sans doute plus humain depuis longtemps (peut-être mange-t-il des foies humains pour vivre plus longtemps ?). S'il ne remplit pas toutes ces conditions, soutenez-le autant que possible parce qu'il risque de ne pas connaître la gloire de son vivant !
Par Mangelune - Publié dans : Cinéma
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